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Dictionnaire de la Bible J.-A. Bost 1849-l


septembre 3, 2010 par GoDieu

L


LABAN,
Genèse 25:20; 24:29 (1856 avant J.-C.), riche propriétaire de troupeaux dans les plaines de la Mésopotamie, fils de Béthuel, petit-fils de Nacor le frère d'Abraham, et ainsi petit-neveu de ce patriarche. Il consentit avec empressement au mariage de sa sœur Rébecca avec le fils unique du riche Abraham, avec Isaac, cousin germain de son père Béthuel. Plus tard, c'est chez lui que le fils de sa sœur, Jacob, vient chercher un asile contre la colère d'Ésaü qu'il redoute. Ces deux hommes rusés se font pendant une vingtaine d'années une sourde guerre, qui préluda de la part de Laban, par la substitution de Léa à Rachel dans le mariage de Jacob, Genèse 29. Le missionnaire Hartley, dans son voyage en Grèce, rapporte un exemple analogue d'un jeune Arménien à qui l'on donna, grâce au voile nuptial qui couvre presque entièrement la personne, une sœur aînée au lieu de la cadette qu'il avait demandée en mariage, et des faits de ce genre ne sont pas précisément rares en Orient.

Après que Jacob eut gagné ses deux femmes par quatorze années de travail, Laban s'arrangea avec lui de manière à ce que l'un et l'autre trouvassent leur avantage à cet accord mutuel; mais Jacob, par des subterfuges dont nous avons parlé à cet article, s'enrichissait chaque année au détriment de son beau-père, ce qui mécontenta bientôt et les fils de Laban et Laban lui-même. Les rapports des deux familles s'aigrissaient et s'envenimaient; la confiance avait disparu, l'amitié avec elle, et dans cet état de rivalité jalouse et de tension continuelle, Jacob Unit par comprendre qu'il devait partir. Il profite, pour l'exécution de son dessein, d'une absence de Laban, et celui-ci, à son retour, ne trouve plus ni son gendre, ni ses filles, ni ses petits-fils; aussitôt il assemble ses parents et ses serviteurs, et plein de colère, se met à la poursuite des fugitifs. Mais en chemin une vision l'arrête: Dieu lui défend de nuire à Jacob qu'il protège, et lorsque, près des montagnes de Galaad, les deux familles se rencontrent, la colère de Laban est apaisée; il reproche seulement au patriarche son départ précipité et l'enlèvement de ses dieux, et finit par lui proposer une solennelle alliance d'amitié. Un simple monument de pierres fut élevé en souvenir de cette journée qui se termina par un sacrifice et un festin offert par Jacob. Laban jura l'alliance par les dieux d'Abraham, de Nacor et de Taré, Jacob par le Dieu redoutable que craignait Isaac son père, et les deux familles se séparèrent; Laban partit de grand matin et s'en retourna en son pays. Son histoire s'arrête-là.

Quelle était sa religion? Il reconnaissait l'Éternel (24:50; 30:27) et jurait par les dieux de Nacor, 31:53, même il rendait un culte à des théraphims. C'était un commencement de paganisme et d'idolâtrie. Toujours membre de la grande famille des patriarches, et descendant d'Héber, il n'était cependant pas descendant d'Abraham; sa foi s'était obscurcie, ou plutôt sa foi était morte, et il n'avait conservé que le nom du vrai Dieu. Homme de la terre, il lui fallait un dieu de terre pour représenter le céleste qu'il ne pouvait voir; et bientôt le dieu de terre était devenu son dieu unique, il l'avait multiplié pour suppléer par le nombre à l'insignifiance. Le paganisme, chez Laban comme chez tous ceux qui ont connu la vérité et qui en ont renié la force, a toujours commencé par le cœur; et quand on jette les yeux sur ce qu'on appelle maintenant la chrétienté, on ne trouvera que trop de chrétiens, ou plutôt de païens comme Laban, qui ont leurs dieux et leurs déesses, à côté du grand Dieu de la Loi et de l'Évangile. La doctrine des images et le culte des saints sont, dans l'église romaine, un acheminement bien clair vers cette foi double et bâtarde qui veut allier Dieu et le monde, la religion et l'idolâtrie, le christianisme et le paganisme; et, sans qu'on s'en doute, la religion de Laban a pour partisans tous ceux dont les œuvres ne correspondent pas à la profession qu'ils font d'être chrétiens; Dieu est dans leur bouche, mais ils cherchent les idoles du monde, et, comme Laban, ils ne les trouveront point.


LAC,
Voir: Mer, et les articles spéciaux.


LADHA,
Voir: Hel.


LAHMAS,
ville des plaines de Juda, Josué 15:40. Quelques manuscrits portent Lahmam.


LAHMI,
1 Chroniques 20:5, frère de Goliath, et digne de lui: la hampe de sa hallebarde était comme l'ensuble d'un tisserand. Il fut tué par El-Hanan. Dans le passage parallèle, 2 Samuel 21:19, le texte est corrompu et porte, au lieu de Lahmi, Bethhallahmi, que nos versions ont traduit par bethléémite, et qu'elles ont dû joindre au nom du vainqueur, en sous-en-tendant alors frère de devant le nom de Goliath.


LAIS,
ville de l'extrême frontière nord de la Palestine, Juges 18:7; Jérémie 8:16; Deutéronome 34:1. D'abord colonie sidonienne qui portait aussi le nom de Lésem, Josué 19:47, au pied du Liban, dans une contrée fertile, près des sources du Jourdain, elle fut plus tard appelée Dan par les Danites qui s'y établirent, et bâtirent une nouvelle ville sur les décombres de l'ancienne qu'ils avaient détruite, Josué 19:47; Juges 18:29; ce dernier nom lui est déjà donné par anticipation, Genèse 14:14. Laïs fut, sous tous ses noms, un siège célèbre d'idolâtrie, et Jéroboam y institua le culte d'un veau d'or, 1 Rois 12:29.


LAIT,
Voir: Bœuf, et Nourriture.


LAKIS,
résidence d'un roi cananéen, ville située dans les plaines de Juda. Josué la conquit et la donna à la tribu de Juda, Josué 10:3,31; 15:39. Elle fut fortifiée par Roboam contre les Philistins, 2 Chroniques 11:9, assiégée plus tard par Sanchérib dans sa campagne contre l'Égypte, 2 Rois 18:14; Ésaïe 36:2; 37:8 (— Voir: encore 2 Rois 14:19), et enfin détruite par Nébucadnetsar dans la guerre d'extermination des Caldéens contre le royaume de Juda, Jérémie 34:7. Elle reparaît encore après l'exil, Néhémie 11:30. Le prophète Miellée, 1:13, semble faire de cette ville le centre de l'idolâtrie de Bahal qui couvrit le royaume.

— Lakis subsistait encore sous le même nom au temps d'Eusèbe et de Jérôme, qui la mettent à 7 milles d'Éleuthéropolis vers le sud, dans le district de Daromas.


LAMEC,
Luc 3:36,

Voir: Lémec #2.


LAMENTATIONS,
Voir: Jérémie.


LANCE,
Voir: Armes.


LANGUE.
Lors de la construction de la tour de Babel Dieu confondit les langues pour séparer les hommes, comme aux jours de la Pentecôte il donna miraculeusement de nouvelles langues pour recueillir son peuple. Mais l'un et l'autre de ces événements remarquables donne lieu à une série de questions épineuses qu'il n'est ni facile ni même possible de résoudre toutes. Pour traiter ce sujet, il faudrait en avoir fait une étude longue et spéciale; peu d'hommes font ce travail et nous devons nous borner à des généralités.

La confusion des langues est-elle la conséquence immédiate de l'intervention divine, et fut-elle la cause de la dispersion? ou bien, au contraire, la différence des langues a-t-elle été la suite naturelle de la dispersion des hommes? Cette dernière manière de voir n'appartient pas aux rationalistes seuls, mais aussi à beaucoup de théologiens chrétiens très respectables, à Grégoire de Nysse en particulier, qui ne voit dans le récit de Moïse, Genèse 11, qu'une chose fort simple et fort naturelle, savoir, que les hommes s'étant séparés pour un motif quelconque, il résulta de leur dispersion que, chacun faisant quelques changements à la langue qu'il avait apprise de ses pères, ils finirent par ne plus pouvoir s'entendre. D'un autre côté, le texte littéral du récit sacré semble favoriser davantage l'autre opinion, que Dieu, par un effet subit de sa toute-puissance, fit oublier aux hommes, ou à la plus grande partie d'entre eux, leur langue primitive, et leur en apprit de nouvelles, ou les força de s'en créer d'autres par le besoin de se comprendre et l'impuissance où ils se trouvaient de se servir de la langue qu'ils avaient parlée précédemment.

À cette question se rattache celle de savoir quelle est la langue primitive, celle que tous les hommes parlaient avant le jour de la confusion. Nous laissons entièrement de côté toutes les théories et tous les débats relatifs à l'histoire de la langue naturelle de l'humanité, de cette langue innée que quelques savants idéologues prétendent devoir exister au moins virtuellement, bien que personne ne la connaisse: la langue étant une affaire de convention, et, dans tous les cas, le langage naturel ne pouvant plus se retrouver nulle part ni jamais, à cause de l'existence actuelle des langues connues, la question serait pour le moins nécessairement sans solution, et il y a peut-être quelque avantage à n'y pas perdre son temps.

— Il y a peu de langues qui n'aient revendiqué l'honneur d'être la langue primitive, l'hébreu, le caldéen, l'arabe, le syriaque, le chinois, et jusqu'au flamand (— Voir: Gorope Becan, Origines, etc., Anvers), etc.; et devant cette concurrence d'ambitions, on se demande avant tout si cette langue primitive n'est peut-être pas éteinte, et si nous la connaissons encore. Voici comment Preiswerk résout cette question dans sa grammaire hébraïque, Introduction, XX. «Nous devons admettre, dit-il, que l'ancienne langue des pieux ancêtres du genre humain s'est conservée dans la famille d'Héber, fidèlement et indépendamment de la confusion de langage des autres peuplades, et que la langue que nous connaissons sous le nom de langue hébraïque remonte jusqu'aux premiers jours de l'humanité. Entre plusieurs raisons qui prouvent que l'hébreu était la langue des patriarches, nous n'en citerons qu'une: c'est que les noms propres des patriarches jusqu'à Adam sont évidemment hébreux.» La même thèse a été soutenue et savamment traitée d'abord par Calmet, puis, de nos jours, par Hævernick, Einleit. § 26, p. 145-155. Winer et d'autres savants n'hésitent pas, en revanche, à se prononcer fortement en faveur de la priorité du sanscrit. On comprend que, pour discuter cette question, il faudrait entrer dans des développements que le travail actuel ne permet pas, dans des recherches et des digressions de philologie et de linguistique qui n'intéresseraient que fort peu de lecteurs, pas même tous ceux qui pourraient les comprendre. L'ouvrage de Hævernick est celui qui se recommande le plus aux savants sous ce rapport, et plusieurs rationalistes, ordinairement assez injustes pour ceux qui ne partagent pas leurs idées, ont parlé de ce travail avec grande estime.

Outre l'hébreu, 2 Rois 18:26; Néhémie 13:24; Esther 8:9, la Bible fait encore mention de quelques autres langues, le cananéen, Ésaïe 19:18, le caldéen, Daniel 1:4, l'araméen, que les mages parlaient à la cour de Babylone, Daniel 2:4, et qui est aussi employé dans quelques édits des gouverneurs perses en Palestine, Esdras 4:7; cf. 2 Rois 18:26, l'asdodien, Néhémie 13:24, et dans le Nouveau Testament le syro-caldéen, le grec, le latin et le lycaonien, Jean 19:20; Actes 14:11; 21:37; Apocalypse 9:11; Luc 23:38, sans parler des langues qui furent parlées le jour de la Pentecôte, Actes 2:8.

— On ne trouve du reste chez les Juifs aucune trace d'interprètes, sauf le seul cas Ésaïe 36:11; où il ne s'agissait pas même d'une langue différente, mais seulement d'un autre dialecte de la même langue. De cette absence de truchemans on peut conclure, semble-t-il, que l'étude des langues étrangères ait été assez cultivée des Juifs, sinon par goût, du moins par nécessité, car ils avaient de continuels rapports de commerce avec les Égyptiens, par exemple, et avec les Assyriens; le grec cependant paraît avoir fait exception, et l'on raconte que Jérusalem étant un jour assiégée par les Asmonéens, fut livrée par un Juif qui parlait grec, et que depuis ce temps on maudit quiconque parlerait cette langue perfide et traîtresse.

La question du don des langues ne peut être traitée par la science; elle ressort de la foi. L'on ne peut rien ajouter ni retrancher à tout ce qui est raconté Actes 2, et 1 Corinthiens 14; et pour celui qui se tient à cette révélation avec un cœur simple et pur, la lumière ne lui manquera pas. Ce miracle subsista dans l'Église aussi longtemps qu'il le fallut pour la conversion et l'affermissement des païens; il subsistait encore aux jours d'Irénée. Dieu seul connaît à cet égard ce qu'il doit donner à son Église, mais chaque fidèle doit savoir ce qu'il doit demander.

Voir: Néander, le Siècle apostol., traduction par Fontanès, et une thèse intéressante de Le Fort.


LAODICÉE,
ville de l'Asie Mineure, qui fut des premières évangélisée, et dans laquelle on trouva de bonne heure une église chrétienne, mais qui s'endormit dans le relâchement, Apocalypse 1:11; 3:14. Saint Paul adressa à cette église, Colossiens 4:16, une lettre qui, selon les uns, s'est perdue; ou plutôt (— Voir: ce que nous avons dit à l'article Éphèse) c'était la même que la lettre aux Éphésiens, et elle devait servir d'encyclique à plusieurs églises de l'Asie Mineure. Laodicée était dans le voisinage d'Hiérapolis et de Colosses, à 7 lieues de cette dernière ville, Colossiens 4:13,15. On trouve encore sur une inscription Laodicée, Lycus, Caprus;  et sur d'autres, Laodicée sur te Lycus, pour la distinguer d'autres villes ou endroits du même nom. Laodicée était en effet située non loin du Cadmus, où le fleuve assez considérable du Lycus prend sa source, et près du confluent du Caprus et du Méandre. C'était une ville fort commerçante; on y trouvait surtout des changeurs d'argent. Elle porta d'abord le nom de Diospolis, plus tard celui de Rhoas; celui de Laodicée lui fut donné en l'honneur de Laodice, épouse d'Antiochus II le Divin. Une source considérable d'eau chaude se trouvait entre Laodicée et Apamia, exhalant une espèce de fumée qui planait sur sa surface. Quelques-unes des eaux de Laodicée même avaient la vertu de pétrifier les objets. Strabon dit que les murs dont on entourait ces sources, se faisaient en bois, et qu'ils ne tardaient pas à être pétrifiés par la source. L'an 66 de Christ, sous Néron, cette ville fut détruite par un tremblement de terre, mais déjà rétablie sous Marc Aurèle. Tacite place ce tremblement de terre dans la septième année de Néron, c'est-à-dire entre 60 et 61, en ajoutant que, malgré la grandeur du désastre, les riches habitants de Laodicée la firent reconstruire, au moins en grande partie, dans la même année,

Voir: Phrygie.

On en voit encore des ruines assez considérables sous le nom d'Eskihissar.


LAPIDATION.
Ce supplice (— Voir: Jugements, Peines) était infligé, d'après les lois israélitiques, à tous ceux qui avaient outragé la majesté de Jéhovah, aux idolâtres, séducteurs, blasphémateurs, violateurs du sabbat, faux prophètes, devins, pronostiqueurs, etc., comme à ceux qui avaient soustrait ou dérobé une chose vouée à l'interdit, Lévitique 20:2,27; 24:14; Deutéronome 13:1,6; cf. 18:20; 17:2; Nombres 15:32; 1 Rois 21:10; Josué 7:25; Actes 6:13; 7:58, à des fils notoirement et obstinément rebelles, vicieux et désobéissants, Deutéronome 21:18, à des fiancées ou à des épouses infidèles, et à leur séducteur, Deutéronome 22:20,23.

— D'après les rabbins (— Voir: Mishna Sanhed. 7:4), les enfants qui avaient maudit leurs parents, et ceux qui avaient commis un inceste, les pédérastes et ceux qui s'étaient souillés par la bestialité, étaient également lapidés; Moïse les condamne d'une manière générale à la peine de mort, Lévitique 20, sans indiquer leur genre de supplice, mais les termes dont il se sert «son sang est sur lui». (9,11-13,16) ont fait penser aux talmudistes que le législateur avait implicitement indiqué la lapidation. La même peine est aussi prononcée une seule fois contre un animal, le taureau qui aurait tué un homme, Exode 21:28; cf. Lévitique 20:15.

L'Écriture sainte ne décrit nulle part la manière dont la sentence était exécutée: on voit seulement que c'était sur la place publique, en dehors de la ville, Lévitique 24:14,23; Nombres 15:36; 1 Rois 21:10,13; Actes 7:56, et que les témoins devaient les premiers jeter la pierre au condamné, Deutéronome 17:7; Actes 7:57; cf. Jean 8:7. D'après les rabbins, il y avait deux sortes de lapidation, l'une consistant simplement à accabler de pierres le coupable, l'autre d'après laquelle on le conduisait sur une hauteur escarpée élevée d'au moins deux longueurs d'homme; un des témoins le précipitait et l'autre, pour l'achever, lui roulait une grosse pierre sur le corps; si cela ne suffisait pas, la multitude elle-même achevait le malheureux.

— La lapidation servait aussi, dans certains cas, à l'exécution d'une prompte justice ou d'une vengeance populaire, la multitude grossière sachant se débarrasser ainsi de ceux qui avaient eu le malheur de lui déplaire, Exode 8:26; 17:4; Matthieu 21:35; Luc 20:6; Jean 10:31; 11:8; Actes 5:26; 7:57; 14:19, non seulement chez les Juifs, mais chez d'autres peuples, depuis les jours de Moïse jusqu'à ceux de Jésus.


LAPIN,
Voir: Shaphan.


LAPPIDOTH.
Débora est appelée épouse de Lappidoth, Juges 4:4, et il est assez probable en effet que c'est là le nom de son mari: quelques-uns cependant ont voulu y voir le nom de son village, et d'autres le nom de sa profession, faiseuse de lampes.


LASÉE,
Voir: Crète.


LAUDANUM.
C'est probablement là la substance qu'il faut entendre par le mot hébreu lot, Genèse 37:25; 43:11, que nos versions ont traduit par myrrhe. L'analogie entre les noms grecs et orientaux, lorsqu'il s'agit de certains produits naturels rares et précieux, est toujours un guide probable, surtout lorsque le contexte tend à confirmer la signification donnée, et ne l'infirme pas. Aucun des anciens interprètes ne paraît avoir connu le laudanum, et ils ont mis en avant diverses traductions et hypothèses en désaccord les unes avec les autres; parmi les modernes, le voyageur Burkhardt voit dans lot la plante du loto, ce qui ne peut concorder avec les passages ci-dessus; et Michaélis y a voulu voir la pistache, mais l'hébreu a déjà pour cela un autre nom.

— Le laudanum est une espèce de résine bien connue des anciens naturalistes, Hérodote, Dioscoride, Pline. Odoriférante, molle et onctueuse, on s'en servait pour des fumigations, on en faisait aussi des huiles pour oindre à l'orientale les personnes qu'on voulait honorer; et la médecine elle-même en faisait un grand usage. On le recueillait des feuilles d'un arbrisseau (cistus labdaniferus. Cl. XIII, Monogynie), qui croît en Arabie, en Chypre et en Syrie; il s'élève à environ 60 centimètres de hauteur, avec des feuilles lancéolées, lisses et d'un vert foncé à la partie supérieure, blanchâtre à la face inférieure; les fleurs, à cinq lobes, sont de couleur purpurine, et la capsule, de cinq à dix loges, est presque ronde. La résine, que quelques-uns ont prise pour une espèce de rosée, se recueille avant le lever du soleil, au moyen de bandelettes de cuir auxquelles elle s'attache facilement; on promène avec soin ces lanières sur les feuilles de l'arbre, et lors qu'elles sont bien chargées de résine on les dépouille, et on recueille le parfum en petites plaques ou gâteaux (Tournefort). Un procédé plus ordinaire, en Arabie, consiste simplement à pousser des chèvres dans ces buissons; les poils de leur barbe balayent les feuilles et recueillent en abondance le jus visqueux qu'elles distillent; il n'y a plus alors qu'à détacher soigneusement ces gouttelettes, que l'on pétrit ensemble en gâteaux. Il est possible que la chèvre, qui a fait tant d'autres découvertes, ait aussi fait celle-là; tout au moins l'existence de poils de chèvre dans le laudanum avait-elle fait l'objet de plusieurs discussions et commentaires.


LAVAGE
des pieds,

Voir: Purification.


LAVOIR,
Voir: Béthesda.


LAZARE,
ami et disciple du Sauveur, frère de Marthe et de Marie, demeurait à Béthanie. Il tomba dangereusement malade et mourut pendant un voyage de Jésus à Béthabara, et déjà depuis quatre jours il était enseveli quand Jésus, de retour avec ses disciples, le ramena à la vie par une parole aussi puissante et aussi simple que celle de la création: «Lazare, sors dehors!» Jean 11:1; 12:1. Ce miracle si grand irrita d'autant plus les principaux sacrificateurs contre celui qui l'avait fait, et détourna en même temps une partie de leur haine contre celui qui avait été ressuscité: ils cherchèrent à faire mourir Lazare, offrant par leur conduite insensée un vrai type de la colère des hommes irrégénérés contre ceux en qui se manifeste une vie nouvelle.

D'après la tradition, Lazare était alors âgé de trente ans, et il vécut encore, depuis trente autres années; il est donc probable qu'il vivait encore lorsque les trois premiers évangélistes composèrent leur travail, et c'est peut-être par cette circonstance, à cause de la haine que les Juifs portaient à cet irrécusable témoin, qu'ils ont passé sous silence ce miracle qu'ils devaient bien connaître, mais dont le récit eût troublé et compromis de nouveau la vieillesse et la vie de ce disciple. Une autre tradition porte que Lazare et Marthe, après la mort de Jésus, sont venus dans les Gaules, en Provence, et qu'il a prêché l'Évangile à Marseille. En 870, on prétendit avoir trouvé ses os en Chypre, mais on sait tout le cas qu'on peut faire des os de l'Église romaine.

— Le nom de Lazare se trouve encore Luc 16:20; employé dans une touchante parabole du Sauveur; le malheureux couvert d'ulcères est devenu un type de ce genre d'infortune, et a donné son nom, celui de lazaret, aux premières léproseries françaises; en hébreu déjà, Lazare (Loezer) signifie celui qui est sans secours, indigent, malheureux. On ne peut douter que dans la bouche de Jésus le fait qu'il raconte ne soit une parabole, bien que quelques auteurs se soient demandé si la scène s'était passée à Jérusalem ou à Babylone; mais cette parabole toute morale, qui devait porter les Juifs à la générosité, renfermait aussi pour eux une leçon dogmatique bien importante, c'est qu'on peut être fils d'Abraham selon la chair, et ne pas reposer dans le sein d'Abraham: on en peut tirer aussi cette autre terrible conclusion qui a été développée dans un sermon de M. de Félice, c'est que ceux qui ne sont pas touchés et convertis par la lecture de la Parole, resteraient également insensibles aux manifestations les plus magnifiques de la puissance divine.


LÉA,
fille aînée de l'araméen Laban, sœur de Rachel, Genèse 29:16. Plus âgée et moins belle que sa sœur, Léa n'avait pas inspiré à Jacob les mêmes sentiments, et ne devint son épouse que par une ruse de son père. Moins aimée, elle donna cependant plus d'enfants à Jacob, d'abord Ruben, Siméon, Lévi et Juda, Genèse 29:32, puis Issacar et Zabulon, Genèse 30:17; 35:23, et enfin une fille, Dina, 34:1. Elle eut encore par sa servante Zilpa, qu'elle donna à son mari, Gad et Aser, Genèse 30:9. Ce fut là toute sa vie; on ignore l'époque de sa mort, qui eut lieu en Canaan, où elle fut ensevelie dans les sépulcres de sa famille, près d'Hébron, là où reposaient déjà Sara, Abraham et Isaac, 49:31.

— On s'étonne de ne pas la trouver mentionnée dans le voyage de Jacob en Égypte, 46:5, mais du fait même du lieu de sa sépulture on peut croire qu'elle était déjà morte à cette époque.

— Son nom est rappelé Ruth 4:11, parmi les vœux adressés à Booz par le peuple et par les anciens.

— Léa, est-il dit, avait les yeux tendres. Le mot hébreu n'exprime pas précisément l'idée de tendresse, mais plutôt celle de mollesse, de faiblesse, opposée à celle de vivacité, peut-être à celle de grandeur. Dans les rivalités et les luttes de jalousie qui ont eu lieu entre elle et sa sœur, elle a dû avoir toujours le sentiment de ses torts, la conscience qu'elle était entrée dans la maison de Jacob par une usurpation; elle avait sans doute consenti à la tromperie qui lui donnait un époux, cependant Laban prend la faute sur lui, comme il est probable aussi que c'était lui qui avait imaginé l'échange et qui l'avait fait exécuter; peut-être Léa n'a-t-elle fait qu'obéir à la volonté paternelle. Mère de Juda, elle compte parmi les ancêtres de Jésus.


LEBBÉE,
Voir: Jude.


LÉBONA,
ville au nord de Silo, Juges 21:19. Maundrell la retrouve dans le village de Leban, à 4 lieues sud de Naplouse, du côté de Jérusalem, ce qui est assez possible. Burckhardt nomme ce village Lemna, et fait l'éloge de sa grande beauté.


LÉHABIM,
Genèse 10:13, peuplade probablement identique avec les Lubim ou Lybiens, 2 Chroniques 12:3. La Lybie s'étendait depuis Alexandrie jusqu'à Cyrène, et peut-être encore plus loin; elle servait à désigner d'une manière générale le nord de l'Afrique, comme la Scythie le nord de l'Asie, et les Indes le centre et le sud de cette partie du monde.


LÉHI, ou Ramath-Léhi,
et plus complètement Ramath-Léhi (hauteur, coteau de la mâchoire), Juges 15:17,19. C'est le nom que Samson donna d'abord au lieu qui avait été témoin de sa victoire sur les Philistins. Plus fort que mille, le nazaréen s'était cru un Hercule; mais bientôt la fatigue et la chaleur l'épuisèrent; aucune source ne se trouvait dans le voisinage: il se rappela qu'il dépendait de Dieu, et l'invoqua. Dieu l'exauça et, au lieu d'un nom destiné à célébrer sa victoire, Samson donna à la source un nom qui devait rappeler sa faiblesse, celui de Hen-Hakkoreh (la source de celui qui crie). Un miracle lui avait donné de l'eau, une dent s'était ouverte, une source limpide en jaillissait. On croit généralement que c'est une des dents de la mâchoire d'âne qui se partagea pour livrer le passage à l'eau qui devait désaltérer le grand juge, et le texte, comme le génie de l'hébreu, appuie cette manière de voir. Cependant la version de nos Bibles contient un mot de trop: «Dieu fendit une des grosses dents de cette mâchoire d'âne»; l'hébreu porte simplement: «Dieu fendit une grosse dent de la mâchoire (ou de Léhi)»; et en hébreu, comme chez nous, le mot dent peut signifier un rocher élevé, un pic (la Dent du Midi, les Dents d'Oches); on peut donc traduire, sans faire aucune violence au texte: «Dieu fendit un des rochers de Léhi», un des rochers de cette élévation sur laquelle était le vainqueur des Philistins. Que l'on choisisse maintenant entre les deux miracles, cela importe peu, le miracle n'en reste pas moins grand: l'eau jaillissant du rocher a quelque chose de plus naturel; l'eau sortant de la mâchoire avait peut-être plus d'à-propos, et Dieu disait par là que seul il pouvait donner à cet instrument de carnage la force dont s'était glorifié Samson comme s'il l'eût trouvée en lui-même. (M. Coquerel affirme «qu'un enfoncement du sol s'ouvrit aux pieds de Samson», et il donne son idée comme la seule version que le texte autorise. C'est une erreur: à peine cette traduction peut-elle être acceptée en seconde ou troisième ligne; dans tous les cas elle est moins probable et moins justifiée que celles que nous avons indiquées, et d'autres rationalistes, comme Winer et Gesenius, ne mentionnent pas même, ou repoussent fortement, la traduction qu'on veut faire croire seule autorisée).


LÉMEC, ou Lamec.
  1. Cinquième descendant de Caïn, le premier polygame connu, Genèse 4:19,23, épousa Hada et Tsilla, qui, d'après Flavius Josèphe, lui donnèrent soixante-dix-sept fils; la Bible ne nomme que Jabal, Jubal, Tubal-Caïn et Nahama. «Épouses de Lémec, dit-il un jour à ses femmes, entendez ma voix, écoutez ma parole; je tuerai un homme, s'il me fait une blessure, même un jeune homme, s'il me fait une meurtrissure, car si Caïn est vengé sept fois, Lémec le sera soixante-dix-sept fois.» Qu'est-ce que ce chant énigmatique? Les interprètes s'y sont perdus. Quelques-uns pensent qu'un double meurtre l'accable, celui de Caïn qu'il aurait tué par inadvertance, dit la tradition, et celui de son fils Tubal-Caïn, qu'il aurait tué comme l'auteur involontaire de ce premier meurtre: il cherche alors à se consoler au sein de sa famille par l'espérance que la miséricorde divine qui a protégé Caïn lui serait aussi accordée, et même en proportion de ses crimes; ou bien il veut amuser ses femmes en leur chantant ses crimes, et en se moquant de la vengeance céleste; il y ajoute l'ironie, et suppose que Dieu, l'amateur du crime, lui saura plus gré encore de son double meurtre, et le protégera davantage. D'autres pensent que Lémec, voyant ses femmes effrayées de toutes les armes inventées par ses fils, leur dit pour les rassurer: «Ai-je donc tué quelqu'un? et d'ailleurs Dieu ne me le pardonnerait- il pas?» D'autres, enfin, supposent que ces paroles n'expriment que les projets d'une fierté féroce. «Je me sens plus fier et plus méchant que Caïn; si quelqu'un me touche, je le tue, quand il ne me ferait qu'une légère blessure.» Peut-être le plus simple est-il de prendre le chant de Lémec comme une composition poétique d'un mauvais genre que la tradition aurait conservée, et que Moïse rappelle en y rattachant en même temps la peinture du caractère de son auteur. «Ce Lémec est celui qui a composé le méchant et sanguinaire couplet bien connu: «Écoutez, etc.»

    Voir: le Commentaire de Schrœder.

  2. Lémec ou Lamec, Genèse 5:25; 1 Chroniques 1:3; Luc 3:36, descendant de Seth et fils de Méthusélah, vécut sept cent cinquante-trois ans. Il devint père de Noé à l'âge de cent quatre-vingt-huit ans, et lui donna son nom, qui emporte l'idée de repos, «parce que, dit-il, celui-ci nous soulagera de notre œuvre et du travail de nos mains sur la terre que l'Éternel a maudite.» Ces paroles, qui dans leur sens le plus simple pourraient ne se rapporter qu'à la joie de Lémec d'avoir un fils pour aide et compagnon de sa vie, renferment aussi une première trace des espérances messianiques: Lémec voyait que le péché était arrivé à son comble, et que le jugement de Dieu ne pouvait se faire attendre; il prévoyait que son fils serait un instrument remarquable dans la main de Dieu, et il aura, comme tant d'autres, rapproché dans la perspective prophétique des événements qui devaient être séparés par des siècles, la délivrance de Noé, la délivrance du monde par Jésus.


LÉMUEL,
Proverbes 31:1. Selon les uns c'est un nom symbolique, mais il ne présenterait comme tel aucun sens convenable; d'autres y voient, au moyen de quelques changements de lettres, le nom de Salomon; d'autres, en recourant à l'arabe, y trouvent le nom d'Ézéchias; et la mère de ce roi serait, ou bien Bathsébah, ou bien Abi; d'autres pensent enfin à quelqu'un de ces petits rois inconnus, voisins de la Judée, mais c'est encore moins vraisemblable. L'opinion la plus générale, qui prend Lémuel pour Salomon, a quelque chose de naturel quand on considère l'ensemble du recueil des Proverbes; elle se justifie aussi par le contenu de ce 31e chapitre, qui renferme de si beaux conseils à un jeune roi, versets 2-9, et de si sages avertissements d'une mère pieuse à son jeune fils, une description si pleine de grâce et de vérité du caractère d'une épouse vertueuse, 10-31; et l'on comprend parfaitement ces paroles dans la bouche de Bathsébah, qui, enlevée à son premier époux, aurait dû partager le repentir du séducteur si elle avait été complice, et dans tous les cas se rattacher toujours plus fortement à la vertu conjugale, qui seule peut assurer le bonheur de l'époux et de l'épouse. Mais on se demande pourquoi et à quel propos Salomon aurait pris ici le pseudonyme de Lémuel; on ignore pourquoi Salomon se serait caché sous un faux nom, et il suffit de cette improbabilité pour faire rejeter cette supposition. On doit admettre que Lémuel était peut-être, comme Agur, un des sages dont il est parlé 24:23; ou bien que c'est un nom fictif, et que Salomon, ou un autre auteur inspiré, aura mis dans la bouche d'une mère, également fictive, les conseils qu'il fait adresser au jeune roi.

— Les deux fragments de ce chapitre sont complètements indépendants l'un de l'autre, pour la forme comme pour le fond.


LENTILLES,
l'eruum lens de Linnée (Cl. XVII, 3), petit légume bien connu, et dont il est parlé Genèse 25:34; 2 Samuel 17:28; 23:11; Ézéchiel 4:9. Les lentilles d'Égypte était fort estimées des anciens, principalement celles d'Alexandrie; on les cultivait également en Palestine, 2 Samuel 23:11, où elles étaient, comme aujourd'hui encore en Orient, une nourriture sans doute toujours frugale, mais appétissante, et que ne dédaignent pas même les riches et les grands. D'après le voyageur Shaw, on fait bouillir un plat de lentilles avec de l'huile et de l'ail; ainsi apprêtées, elles forment une espèce de bouillie couleur chocolat, qu'Ésaü a bien pu appeler «de ce roux», et qui est encore la nourriture la plus habituelle de presque toutes les classes. En Arabie, on mêle du riz et des lentilles par portions égales, on arrose le tout de beurre fondu, et c'est pour la classe moyenne son principal et presque unique régal, surtout pour le repas du soir (Burckhardt). Diogène de Laerte, comme Ésaü, a nommé ce potage un plat roux, et cette dénomination lui convient d'autant mieux qu'en Orient les lentilles ont une cosse rouge-brun. Il résulte du passage d'Ézéchiel qu'on faisait aussi du pain de lentilles; Athénagore et Celse disent la même chose, et Sonnini l'appuie de son témoignage pour l'Égypte actuelle, mais seulement dans les temps de famine et pour les classes pauvres.


LÉOPARD,
Cantique 4:8; Ésaïe 11:6; Jérémie 5:6; 13:23; Osée 13:7; Habacuc 1:8; Daniel 7:6; Apocalypse 13:2. C'est par ce mot que nos versions traduisent partout l'hébreu namer: d'autres, comme Luther, Winer, etc., le traduisent par panthère. Il n'est pas facile de décider laquelle de ces deux traductions doit être préférée, vu que tous les détails que l'Écriture sainte donne de cet animal conviennent aussi bien à l'un qu'à l'autre: la seule chose qui prouverait en faveur de la panthère, c'est qu'elle paraît avoir été connue en Palestine (— Voir: Seetzen et Burckhardt), tandis que le léopard y aurait été rare et peut-être même inconnu. D'un autre côté, l'analogie du caldéen, du syriaque, de l'arabe et de l'éthiopien (Bochart), de même que l'uniformité de traduction des Septante, de Jérôme et des anciens, sembleraient militer fortement en faveur de nos versions. Mais à la base de tout cela règne une confusion d'histoire naturelle, la confusion de trois espèces voisines et différentes, la panthère, l'once, et le léopard. La pardalis des Grecs a eu successivement en latin les noms de panthère, de pard, et de léopard; c'est la panthère proprement dite, que les Arabes nomment encore aujourd'hui alnemr ou nemer, et que Bochart a nommée léopard tout en voulant désigner la panthère. La petite panthère d'Oppien est sans doute l'animal que les voyageurs modernes ont appelé once, plus petit que la panthère et que le léopard. Enfin le léopard est un animal de la Guinée, du Sénégal, et d'autres pays méridionaux, que les anciens paraissent n'avoir pas connu du tout; son nom, qui faisait alors double emploi avec celui de panthère, a été depuis déterminé d'une façon plus spéciale, et appliqué au léopard proprement dit. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que les anciennes traductions, qui étaient exactes vu le sens que l'on donnait à ce mot, ne le soient plus maintenant, et leur accord prouve d'autant mieux que ce que les Hébreux nommaient namer est la panthère de nos jours. Le corps de cet animal (felis pardus, L.), lorsqu'il a pris son entier accroissement, a environ deux mètres de longueur, outre la queue, qui est longue de plus de 70 centimètres; la peau est d'un fauve plus ou moins foncé sur le dos et sur les côtés, blanchâtre sous le ventre; elle est marquée de taches noires en grands anneaux ou en forme de roses, vides au milieu, parfois avec une tache au centre; il n'y a que des taches pleines sur la tête, la poitrine, le ventre et les jambes; cf. Jérémie 13:23. La panthère vit en Afrique et en Arabie, sur le Liban et aux Indes. Elle est ordinairement nommée à côté du lion dans l'Écriture. Fière, sauvage, indomptable, elle ne redoute aucun animal, et ne craint pas d'attaquer l'homme lui-même, ce que le tigre et le lion n'osent faire que lorsqu'ils sont pressés par la faim ou provoqués au combat. Sa course est rapide, ses yeux sont vifs et continuellement en mouvement, son expression est cruelle et méfiante; elle a les oreilles courtes et le cou épais; ses pieds de devant ont cinq doigts, ceux de derrière n'en ont que quatre, mais tous armés de griffes fortes et aiguës, qui lui servent à retenir sa proie aussi solidement que les dents. Carnivore, et dévorant énormément de nourriture, elle est néanmoins toujours maigre. Cet animal est d'une remarquable fécondité, mais il a pour ennemis le tigre et le lion, et ces races terribles se font la guerre les unes aux autres; c'est ainsi que Dieu a pourvu à ce que, pour un temps du moins, leur multiplication ne fût ni trop rapide, ni trop grande.

Plusieurs passages prouvent que les panthères étaient très nombreuses en Palestine, et nous trouvons des lieux dont le nom indique qu'ils étaient primitivement fréquentés par ces féroces animaux; ainsi Nimra au-delà du Jourdain (de nemer), Nombres 32:3, Beth-Nimrah, ibid. 36. Josué 13:27, les eaux de Nimrim, Ésaïe 15:6; Jérémie 48:34 (Il serait possible cependant que ces noms, — Voir: Nimrah, eussent une autre étymologie); enfin la montagne des panthères, Cantique 4:8.

Ésaïe, faisant la description du règne glorieux du Messie sur la terre (11:6) dit qu'alors la panthère gîtera avec le chevreau, bel emblème, si ce n'est qu'un emblème, de la paix qui animera le monde, et du changement qui se sera opéré dans les cœurs violents, haineux, durs et passionnés, à l'égard des faibles et des débonnaires.


LÈPRE, Lépreux.
Cette impure et désolante maladie, endémique en Égypte et dans la partie méridionale de l'Asie mineure, était aussi l'un des fléaux les plus redoutés des Juifs, chez qui elle était assez fréquente; c'était une épouvantable calamité, Deutéronome 24:8; on la regardait comme envoyée de Dieu, Nombres 12:10; 2 Chroniques 26:19, et on ne la souhaitait comme malédiction qu'à un ennemi mortel, 2 Samuel 3:29; 2 Rois 5:27.

La lèpre se manifeste d'abord à l'épiderme, mais elle ne tarde pas à attaquer le tissu cellulaire, les membranes graisseuses, les os, la moelle et les articulations; ses progrès sont lents, mais elle se communique très facilement, surtout par la cohabitation, et le père la lègue à ses enfants jusqu'à la troisième et quatrième génération, s'affaiblissant à mesure, et perdant de son intensité de telle sorte que chez le fils de l'arrière-petit-fils, sa présence ne se constate plus que par des dents gâtées et tartreuses, une haleine fétide, et une apparence débile et maladive.

Le développement de la lèpre est favorisé par une atmosphère humide et malsaine, par la malpropreté, et par une nourriture grasse et huileuse; ses indices avant-coureurs sont de petites taches de la grosseur d'une pointe d'épingle, qui atteignent bientôt la dimension d'un grain de lentille; d'autres fois ce sont des dartres et des croûtes, qui se distinguent de l'exanthème de la lèpre apparente en ce qu'elles s'étendent continuellement, et que les poils ou les cheveux (car c'est ordinairement par les parties velues du corps qu'elle commence) changent de couleur et perdent leur force et leur vie. Avec les progrès de la maladie, les taches et les dartres dévorent la chair peu à peu et s'étendent sur tout le corps: les parties attaquées par les taches, molles et de diverses couleurs, jaunâtres, noirâtres ou plombées, sont ordinairement le visage, la poitrine, le bas-ventre, le bassin, et les extrémités; la peau est alors inégale, rude et insensible; on peut arriver jusqu'à l'os avec une épingle ou avec un couteau, sans que le malade éprouve la moindre douleur: les parties attaquées par des croûtes ou des dartres sont plus sensibles, mais tourmentées de violentes et continuelles démangeaisons.

On distingue plusieurs espèces de lèpres; nous ne mentionnerons que les suivantes. La lèpre blanche: c'est celle qui régnait le plus parmi les Juifs, 2 Rois 5:27; Exode 4:6; Nombres 12:10; elle s'annonçait par des taches et des pustules blanches, les cheveux blanchissaient à l'endroit suspect, la place s'agrandissait promptement, la chair vive était mise à nu, Lévitique 13:3,8,10,14,20,25,30; les parties chevelues en étaient ordinairement les premières attaquées, 13:29 (cf. 2 Chroniques 26:19); d'autres fois c'était aux places où il y avait eu précédemment quelque ulcère ou blessure, que le bouton de lèpre apparaissait, 13:18. Une fois la lèpre déclarée, toute la peau devient d'un blanc luisant sur le nez, sur le front, et par tout le visage; elle s'enfle, s'étend et se durcit; parfois elle crève, et des boutons pleins de pus se forment près de ces crevasses; les extrémités s'enflent, les ongles tombent des pieds et des mains, les yeux sont fixes, mats et enflammés; les oreilles sont rongées d'ulcères vers la base; le nez s'enfonce, parce que le cartilage se pourrit; au fond des narines sont des boutons qui dégouttent continuellement; les cheveux tombent, ou s'emmêlent dans la teigne qui les entoure, et se collent par mèches; tous les sens sont émoussés; enfin le malheureux meurt, à la fois de consomption et d'hydropisie. Dans d'autres cas, la lèpre blanche se manifeste subitement, ses germes longtemps cachés éclatent tout-à-coup, et le malade devient blanc de la tête aux pieds, Lévitique 13:12; cf. 2 Rois 5:27.

L'éléphantiasis est probablement cette autre espèce de lèpre qui est mentionnée Deutéronome 28:27,35, sous le nom d'ulcère d'Égypte; car cette maladie, au dire de Pline et de Lucrèce, était endémique dans la contrée où les Juifs furent si longtemps retenus comme esclaves; elle a, de même que la précédente, sa source dans la malpropreté et dans l'absence de soins donnés à des plaies ou à des boutons d'abord peu considérables; elle se manifeste aussi par des taches au visage et ailleurs, ou par des dartres qui commencent par la grosseur d'un pois, et atteignent bientôt celle d'une noix ou d'un œuf; la peau se crevasse. L'éléphantiasis n'est pas ordinairement très douloureuse, il y a peu de boutons, et ce n'est que lorsque la maladie est assez avancée qu'une espèce de suppuration commence à s'établir; les extrémités meurent peu à peu et se séparent du corps les unes après les autres; le visage enfle, se bouffit, et paraît comme gras de suif; le regard est sauvage et dur, l'œil s'arrondit, il sort de son orbite, et ne peut plus se mouvoir à droite et à gauche; il pleure continuellement (cf. Job 16:16); la voix s'affaiblit et devient nasillarde, ou même se perd tout-à-fait; dans cet affaiblissement général les besoins seuls deviennent plus vifs, la gourmandise et la volupté; une profonde mélancolie accompagnée d'angoisse s'empare du malheureux; son sommeil est troublé, il fait des rêves effrayants (Job 7:14); il se relève, ses pieds et ses genoux se heurtent dans ses frissons, ils enflent, se durcissent au point de résister à la pression de la main, et se recouvrent d'une peau crevassée et comme couverte d'écaillés. Cependant aucun organe vital n'est attaqué, et le malade peut vivre encore vingt ans et plus, comme il peut aussi être enlevé subitement par une légère fièvre, ou succomber à une suffocation violente. Oh ne connaît pas de remède à cette maladie qu'il est toujours facile de prévenir en suivant les règles les plus élémentaires de l'hygiène.

C'est l'éphantiasis que plusieurs savants (Michaélis, Reinhard), croient reconnaître dans la maladie de Job, dans cet ulcère malin, 2:7, qui rappelle l'ulcère d'Égypte par son nom et par ses caractères. D'autres, comme Jahn, pensent à la lèpre noire qui, du reste, ne diffère guère de la précédente que parce qu'elle est accompagnée d'une démangeaison plus vive et plus constante. La peau devient rude et inégale, elle se crevasse et se pèle en écailles d'un rouge noirâtre; la teigne s'y joint et attaque principalement les bras et les jambes; les doigts se racornissent et refusent de procurer aux démangeaisons du malade un soulagement même momentané; toutes les extrémités se gangrènent, meurent et tombent, l'haleine est empoisonnée. On ne peut nier que ces caractères ne conviennent parfaitement à la maladie de Job; mais, d'un autre côté, ceux de l'éléphantiasis s'y rapportent également, et comme ces deux maladies ont bien des points de contact et qu'on peut aisément les confondre, il n'est pas facile, comme il n'importe pas non plus, de décider de laquelle des deux il s'agit dans le récit sacré, d'autant plus qu'on ne saurait prendre littéralement, ni comme exacte description pathologique, tous les détails que le livre de Job renferme sur sa maladie, détails dont plusieurs se rapportent plutôt à l'état de son âme qu'à celui de son corps.

Enfin Moïse distingue soigneusement encore une espèce de lèpre apparente qu'il déclare sans contagion et sans danger, Lévitique 13:39; Niebuhr l'a retrouvée en Égypte sous le même nom et avec le même caractère inoffensif; c'est une sorte de teigne blanchâtre qui passe d'elle-même après avoir duré de deux mois à deux ans, sans laisser ni dans le corps ni sur la peau aucune trace fâcheuse.

Manéthon, prêtre égyptien, Lysimaque, Molon, Tacite et Justin racontent gravement que les esclaves hébreux furent chassés d'Égypte à cause de la lèpre dont ils étaient infectés; Tacite ajoute (Hist. 5, 3) que ces malheureux, abandonnés dans de vastes solitudes, se laissaient aller aux larmes et aux plaintes, lorsque Moïse, plus résolu que les autres, leur dit qu'ils ne devaient attendre de secours ni de Dieu ni des hommes, et leur conseilla de l'accepter pour chef et guide, ce qu'ils firent. Peu importe le plaisir que cette anecdote a pu faire à tous les ennemis des Hébreux depuis Manéthon jusqu'à Shaftesbury, depuis Tacite jusqu'à Bolingbroke; ce qu'il y a de mieux prouvé, c'est que la lèpre appartient à la terre d'Égypte, c'est que tous les anciens, Romains et autres, Pline et Lucrèce, sont d'accord à regarder cette maladie comme naturelle au pays, favorisée par les débordements du Nil; c'est que, par conséquent, les Égyptiens étaient lépreux par eux-mêmes sans que les Israélites leur aient apporté ce fléau, qu'ils n'ont appris à connaître eux-mêmes que depuis leur séjour en Égypte; et comme le dit Cellérier (Espr. de la Lég. Mos. II, 320), si les Égyptiens voulaient se délivrer radicalement de la lèpre, il était inutile de faire partir les Hébreux, ils auraient dû partir eux-mêmes. Le récit de Tacite n'est donc qu'une évidente fausseté, y compris les absurdités qui l'accompagnent et que nous nous sommes dispensés de reproduire.

On peut croire qu'à leur sortie d'Égypte, un assez grand nombre d'Israélites étaient en effet souillés de cette maladie, jusqu'alors inconnue pour eux, et de laquelle ils n'avaient pas su se garantir; elle joue dès lors un grand rôle, non seulement dans la législation, mais même dans les miracles du législateur, Exode 4:6-8; Nombres 12:10-15.

Les lois de Moïse relativement aux lépreux, sont un développement des lois sur la pureté légale, en même temps qu'elles tendaient à prévenir la contagion de cette hideuse maladie. Aucun remède n'est indiqué; les sacrificateurs sont chargés d'examiner les premières traces du danger, et l'exactitude des distinctions établies par Moïse, la sagesse des diagnostics qu'il indique pour mettre les prêtres à même de prononcer avec connaissance sur l'existence du mal comme sur sa guérison, font encore aujourd'hui l'admiration des gens de l'art,

Voir: Lévitique 13:1; sq. 14:1; sq. Nombres 5:1-4; Deutéronome 24:8-9.

Lorsqu'un homme était reconnu lépreux, le sacrificateur le déclarait impur, l'excluait du commerce des hommes, le reléguait à la campagne dans la société d'autres lépreux, 2 Rois 7:3; Luc 17:12, ou dans des lieux inhabités; on lui déchirait ses vêtements en signe de deuil, et s'il voyait quelque étranger s'approcher de lui sans défiance, il était tenu de l'avertir en lui criant de loin, Souillé! souillé! Aucun rang ne pouvait soustraire à cet isolement; la sœur de Moïse dut sortir du camp, Nombres 12:15, et Hozias demeurait dans une maison écartée, 2 Chroniques 26:21. Cette solitude n'était cependant pas un emprisonnement, et on les voit dans l'Évangile, comme de nos jours encore en Arabie, se promener librement; il paraîtrait même, d'après Lightfoot, qu'ils étaient admis dans les synagogues. Lorsqu'un lépreux se croyait guéri, il allait se montrer au sacrificateur, sans la permission duquel il ne pouvait rentrer chez lui, et s'il était véritablement reconnu net, il passait par diverses cérémonies et purifications destinées à représenter la purification de l'âme par l'aspersion du sang de Christ, puis il rentrait dans la société des hommes purs, et dans l'usage des choses saintes.

Cette maladie, apportée en Europe par les saints et galants chevaliers des croisades, a été dans un temps tellement commune, que l'on comptait jusqu'à 19,000 ladreries, lazareries, lazarets ou léproseries; maintenant elle a presque disparu de chez nous, ou du moins elle a changé de nature, et quelques habiles médecins veulent en reconnaître une variété dans les maux secrets; mais on la retrouve en Égypte et dans les deux Indes avec tous les caractères que nous avons mentionnés. Le voyageur Caunter raconte, dans les termes suivants, la rencontre qu'il fit un jour d'un lépreux dans l'Inde: «Pendant que je me promenais un soir sur le rivage de la mer, je vis venir vers moi un être si extraordinaire que je ne pus en détacher mes yeux; c'était un homme vêtu seulement d'un morceau d'étoffe autour du corps (c'est le vêtement des castes inférieures de l'Inde). Il avait la peau tout-à-fait blanche, comme si elle avait été brûlée avec un fer rouge. Il avait la tête nue, et ses cheveux, absolument de la couleur de sa peau, tombaient en longues mèches» sur ses épaules décharnées. Ses yeux, à l'exception de la prunelle, étaient d'un rouge foncé; il les tenait constamment fixés vers la terre comme s'il lui eût été douloureux de regarder en l'air; il marchait avec lenteur et faiblesse, et sa maigreur était aussi effrayante à voir que celle d'un squelette vivant. Il s'arrêta à quelques pas de moi; je m'avançai, mais il recula. Alors il nie supplia de lui donner quelque chose pour l'empêcher de mourir, parce qu'il était pour tous un sujet de mépris et qu'il ne pouvait aller ni chez lui, ni chez ses amis. Il me dit de ne pas m'approcher d'une créature souillée, objet d'aversion pour tout le monde, contre laquelle chacun levait la main et qui n'inspirait de pitié à personne. Je le questionnai: il me dit qu'il avait souffert de la lèpre pendant plusieurs années d'une manière horrible, et que le mal, quoique guéri maintenant, lui avait laissé ces marques de souillure qui l'empêchaient de retourner vers ses semblables. En effet, la couleur de sa peau était aussi blanche que celle d'un cadavre, et en le voyant, personne ne pouvait douter qu'il n'eût eu la lèpre.»

Le christianisme prend soin des lépreux; le paganisme des Indes les brûlent vivants.

— Moïse parle encore de la lèpre des maisons et de celle des étoffes, Lévitique 13:47-59; 14:33-53; mais la science moderne n'est pas encore fixée sur la solution de ce problème d'histoire naturelle; quelques savants (Michaélis, Winer, Volney, I, 55) voient dans la lèpre des maisons l'effet du salpêtre sur les murs, taches d'un rouge verdâtre qui rongent peu à peu les pierres et la chaux, et qui, sans endommager peut-être d'une manière notable les bâtiments, corrompent l'atmosphère et peuvent menacer la santé des habitants; Calmet croit que cette espèce de lèpre est causée par de petits vers qui rongent la pierre, longs d'environ deux lignes, grisâtres et munis de quatre mâchoires; les rabbins ne s'expliquent pas sur ce point, ils y voient d'une manière générale une plaie divine. II est probable que l'on ne tardera pas à obtenir plus de lumières sur ce sujet par les études qui sont commencées en Égypte, où ce curieux phénomène a encore été remarqué par Volney. La lèpre des étoffes est aussi peu connue; on l'a remarquée, non seulement sur des draps de laine, mais encore sur des peaux et sur du cuir; elle se trahit comme celle des maisons par des taches rouge-vert, et Michaélis l'attribue à des insectes fort petits qui se développent plus facilement dans les laines de mauvaises qualités, notamment dans la laine de moutons morts de maladies. Il faut attendre des renseignements ultérieurs sur cette lèpre qui s'attache à des objets inanimés. Quant aux prescriptions de Moïse à cet égard, la destruction des maisons et des étoffes lépreuses, elles avaient pour but, d'abord de prévenir des maladies contagieuses et d'empêcher les miasmes provenant d'une fermentation putride, ensuite d'affermir la loi principale en l'entourant, comme d'un rempart, de toutes ces lois secondaires relatives à la souillure légale.

La lèpre était un emblème du péché; pour exprimer la délivrance du lépreux, c'est toujours le mot nettoyé, jamais celui de guéri dont se servent les auteurs sacrés; la lèpre était considérée comme une souillure encore plus que comme une maladie.


LÉSA,
Genèse 10:19, dans les environs de la mer Morte sur ses bords orientaux, est, d'après saint Jérôme, la ville de Callirhoé où se trouvaient des eaux thermales.


LÉTHEK,
mesure valant Un demi-homer, Osée 3:2, ou cinq baths, environ 175 litres.


LETTRES.
  1. La correspondance n'a jamais été aussi active en Orient qu'en Occident; dans l'antiquité, elle était presque nulle; de nos jours encore elle est assez rare. Les messages ordinairement se faisaient de bouche; cependant on trouve çà et là dans l'Ancien Testament des traces de lettres écrites, cf. 2 Samuel 11:14; Esdras 4:8, qui étaient portées ou par des courriers exprès, 2 Chroniques 30:6, ou par des voyageurs en passage, Jérémie 29:3. Les rois hébreux envoyaient des courriers extraordinaires toutes les fois qu'ils avaient un ordre à expédier ou une communication à faire connaître; c'était un service du moment et non régularisé; les rois perses, au contraire, avaient déjà un commencement d'organisation des postes, et des angares ou courriers, disposés par stations, Esther 8:10.

    — Les lettres n'étaient et ne sont presque jamais cachetées en Orient; cependant, lorsqu'elles sont adressées à des personnages distingués, on les place dans de magnifiques bourses que l'on scelle avec de l'argile; cette coutume est fort ancienne, mais d'origine inconnue. Il semble que les Hébreux aient fait exception à la règle; dans l'Ancien Testament il est, en effet, encore parlé de lettres cachetées, 1 Rois 21:8; une lettre décachetée est mentionnée comme exception, Néhémie 6:5, et l'on peut croire que Samballat a voulu donner à Néhémie une marque de mépris par cette façon d'agir. L'usage de lettres circulaires, ou du moins copiées à un grand nombre d'exemplaires, est indiqué 2 Rois 10:1-6, et nous voyons, Esdras 4:6,17, un rapport écrit adressé à Artaxercès et un édit royal également envoyé sous forme de lettre; cf. Actes 23:25, et les épîtres du Nouveau Testament qui témoignent du développement qu'avait pris la correspondance à cette époque de renaissance et de réveil.

  2. Lettres,

    Voir: Écriture.


LEVAIN,
pâte aigrie en usage dans toutes les maisons, et déjà bien connue dans l'antiquité, qui en comptait de diverses espèces, Pline 18, 26; il sert à faire lever et fermenter la pâte en même temps qu'il lui donne plus de goût, et même, suivant quelques auteurs, une saveur irritante et sensuelle. Les Hébreux le préparaient comme on le fait ordinairement chez nous, en laissant reposer la pâte deux ou trois jours jusqu'à ce qu'elle s'aigrît; d'autres fois, et pour obtenir plus vite du levain, ils pétrissaient la farine avec de la lie ou du moût de vin. S'ils étaient extrêmement pressés, ils faisaient leurs pains sans levain, Genèse 19:3; Juges 6:19, comme le font encore de nos jours les Arabes bédouins. L'emploi du levain était expressément interdit aux Hébreux pendant les sept jours de la Pâque, Exode 12:8,15,20; 13:3,6, et ils ne pouvaient pas même offrir à Dieu des gâteaux levés ou miellés, Lévitique 2:11; Amos 4:5; il leur était même défendu d'avoir du levain dans leurs maisons, et le soir du 14 nisan tous les Juifs veillaient soigneusement à ce que tout levain et toute chose levée fût emportée et brûlée, sans qu'ils pussent même s'en servir pour leurs fourneaux, et en tirer ainsi quelque profit. D'après les rabbins, la même défense s'appliquait encore aux animaux. La Pâque passée, ils pouvaient recommencer à faire du levain, et les prêtres avaient droit aux prémices de tout ce qui se pétrissait, Nombres 15:20.

— Il est évident que dans la symbolique juive cette substance, qui n'était qu'une corruption de la pâte primitive, et une corruption corruptrice, était considérée comme l'emblème du péché, qui peut être peu de chose en apparence, mais qui envahit, qui se propage, qui entraîne les masses dans la corruption et dans la perdition. On trouve la même idée exprimée dans Plutarque, et chez Aulu-Gelle qui dit: Farinam fermento imbutam attingere flamini diali fas non est (— Voir: Casaubon, sur la 1re satire de Perse). Les pains du cinquantième jour, ou de Pentecôte, qui devaient représenter la nourriture ordinaire de l'homme (et spirituellement le péché), étaient en conséquence pétris avec du levain, Lévitique 23:17, de même que les gâteaux d'actions de grâces qui accompagnaient les tourteaux sans levain, et qui devaient leur servir comme d'assiettes, Lévitique 7:12-13, c'est-à-dire être à leur égard dans une position d'infériorité et de moins grande pureté.

1 Corinthiens 5:6, Paul s'adresse à une communauté chrétienne qui paraissait s'enorgueillir de ce que tout n'était pas corrompu dans son sein, et supposer que la pureté pourrait se maintenir à côté de l'incestueux. Vous n'avez pas sujet de vous glorifier, leur dit-il, ne savez-vous pas qu'un peu de levain fait lever toute la pâte? Puis il les exhorte (versets 7 et 8) à faire disparaître, comme les Juifs aux approches de la Pâque, le vieux levain, soit qu'on doive entendre par là les méchants et les impies qui se trouvaient au milieu d'eux, soit que cette expression se rapporte aux mauvais désirs et aux inclinations corrompues qui n'occupent souvent que trop de place dans le cœur même de l'homme régénéré. L'une et l'autre de ces explications se justifient par le contexte et par l'analogie de la foi. L'apôtre appelle levain la méchanceté et la malice, et il appelle la sincérité et la vérité des pains sans levain.

Matthieu 16:6, Jésus engage ses disciples à se garder du levain des pharisiens et des sadducéens; dans Marc 8:15, c'est du levain d'Hérode, c'est-à-dire de cette incrédulité commune au parti soi-disant religieux et rationaliste des sadducéens, et au parti religieux politique des hérodiens; le levain des pharisiens était la propre justice, ou, comme dit saint Luc, l'hypocrisie, la vertu extérieure, 12:1. Le mauvais levain, c'est la mauvaise doctrine, Matthieu 16:12, une prétendue morale, une prétendue raison.

C'est à tort que l'exégèse ordinaire du passage Matthieu 13:33; Luc 13:21, prend le mot levain en bonne part, comme désignant l'Évangile, tandis que le mot pâte signifierait le monde. Le mot pâte est toujours pris en bonne part, et dans ce passage il désigne l'Église; le mol levain qui est toujours pris en mauvaise part, se rapporte au monde; on peut s'étonner qu'une exégèse aussi absurde ait pu prévaloir si longtemps. Notre Seigneur raconte dans les sept paraboles de Matthieu 13, les destinées de l'Église, et il veut la mettre en garde contre l'erreur et l'infidélité en apparence les moins graves et les moins dangereuses; un peu de levain fait lever toute la pâte, cf. 1 Corinthiens 5:6.


LEVER.
L'élévation et le tournoiement étaient deux cérémonies que l'on rencontre quelquefois parmi celles qui accompagnaient les sacrifices lévitiques. Le sacrificateur levait en mémorial l'offrande du gâteau, Lévitique 2:8-9; il levait de même une poignée de fleur de farine, l'offrande étant alors de nature à ne pouvoir être tenue à la main dans son entier, 6:15, et enfin toute la graisse des sacrifices, pour le péché ou des sacrifices de prospérité, 4:8,10; c'est-à-dire que toutes les choses qui étaient destinées à être consumées sur l'autel étaient d'abord levées, et ce n'est qu'après cette cérémonie qu'on y mettait le feu. Le tournoiement avait lieu non seulement pour les offrandes non sanglantes, Exode 29:24; Lévitique 8:27; Nombres 5:25, huiles, farines, gâteaux, prémices des fruits et des blés, Lévitique 23:11-12,20, mais encore pour les victimes sacrifiées; et alors tantôt on ne faisait tournoyer, notamment dans les sacrifices d'actions de grâces, que quelques parties du corps de l'animal, la poitrine ou l'épaule droite, Exode 29:26; Lévitique 7:30,34; 9:21; 10:14; Nombres 6:20, tantôt on faisait tournoyer la victime entière, Lévitique 14:12; 23:20; et les lévites eux-mêmes paraissent avoir été soumis à cette cérémonie lors de leur consécration, Nombres 8:11,15. La partie tournoyée appartenait aux prêtres, mais ne pouvait être mangée que par eux et leurs enfants, et cela dans un lieu pur et consacré, Lévitique 10:14. C'était une portion de leurs revenus, et de la part de ceux qui l'offraient c'était moins un sacrifice qu'une contribution pour les besoins du culte.

— On n'a que peu ou même point d'indications précises sur la nature de ces cérémonies qui, dans tous les cas, étaient fort différentes l'une de l'autre dans leurs formes comme dans leur but. L'élévation s'explique d'elle-même, et cette figure judaïque a été imitée par l'église romaine dans ce qu'elle appelle l'élévation de la messe; l'offrande est élevée devant l'autel, en sacrifice au Dieu qui trône dans le ciel. Le tournoiement, qui se faisait sur les paumes des mains, avant le sacrifice et devant l'autel, Exode 29:24; Lévitique 8:27, était une élévation accompagnée de mouvement, soit de droite à gauche, soit d'avant à arrière, soit aussi, comme les Juifs le prétendent, vers les quatre points cardinaux du ciel, lorsqu'il ne s'agissait que de brebis, ou de pièces peu considérables. Quant au tournoiement des lévites et à leur présélection comme offrande, on peut croire que-e mouvement qui leur était imprimé par le souverain sacrificateur était un va et vient dirigé vers l'autel, rappelant le porricere des Romains.


LÉVI,
  1. troisième fils de Jacob et de Léa, Genèse 29:34; 35:23 (Exode 6:16; 1 Chroniques 2:1), se joignit à Siméon pour venger d'une manière perfide et violente l'injure qui avait été faite à leur sœur Dina, Genèse 34:25. Lorsqu'il descendit en Égypte avec son père, il avait déjà ses trois fils Guerson, Kéhath et Mérari, 46:11, qui furent chefs d'autant de familles, Exode 6:16, et une fille, Jokébed, qui épousa Hamram son neveu, fils de Kéhath, et fut la mère de Moïse, Nombres 26:59. Il mourut à l'âge de cent trente-sept ans; sa postérité devait être dispersée en Israël, suivant la sentence prophétique du vieux Jacob, Genèse 49:7, mais cette menace fut changée en bénédiction: les liens intimes qui unissent en Orient les membres d'une famille de bergers furent brisés pour cette famille; mais le sacrifice des affections domestiques fut compensé par la gloire du sacerdoce, et Moïse mourant annonça les hautes et saintes destinées qui continueraient d'honorer la tribu de Lévi, honneur et charge tout ensemble, Deutéronome 33:8. Avant sa consécration publique, et dans le voyage du désert, cette tribu était déjà comme préparée à ses fonctions futures par le soin du tabernacle et de ses ustensiles, qui lui était confié; ils devaient assembler et désassembler le pavillon à chaque départ et à chaque campement, et veiller à ce que personne n'en approchât, Nombres 1:50. Peu nombreuse relativement aux autres, la tribu de Lévi comptait cependant déjà dans le désert 22,000 mâles dont 8,580 entre trente et cinquante ans. Ces 22,000 furent appelés à remplacer, dans le service des choses saintes, les premiers-nés des fils d'Israël qui avaient été primitivement consacrés à ce service, et dont le nombre s'élevait, lors du même recensement, à 22,273. La cérémonie de consécration est racontée, Nombres 3, cf. Deutéronome 10:8. Plus tard, dans le dénombrement qui fut fait à Sittim aux plaines de Moab, le chiffre des Lévites s'élevait à 23,000; mais ils ne furent pas compris dans le recensement général, la tribu étant devenue une caste, Nombres 26:62. Ils n'eurent en conséquence, aucun territoire, mais quarante-huit villes avec leur banlieue leur furent assignées pour y habiter, dispersées au milieu des douze tribus, Josué 21, et ils eurent droit à des dîmes et redevances en nature pour leur subsistance journalière, cf. Deutéronome 10:9; 14:29; Josué 13:14,33. Privés de capitaux, ils ne devaient avoir que des revenus; leur sort fut en quelque sorte assuré sur la piété des fidèles. Ils avaient de plus l'avantage de pouvoir, dans les villes qui leur appartenaient, racheter en tout temps, sans même attendre l'année jubilaire, les maisons qu'ils avaient pu être forcés d'aliéner un instant, Lévitique 25:32, tandis que d'un autre côté la maison ou le champ qui avait été voué au temple, et qui pouvait être racheté, devenait, en cas de non rachat, propriété lévitique et inaliénable en l'année du jubilé, 27:16-21,

    Voir: Lévites.

  2. et #3...

  3. Luc 3:29,24, ancêtres inconnus de Marie.

  4. Voir: Matthieu.


LÉVIATHAN.
Cette expression hébraïque emporte avec elle l'idée de mouvements sinueux et tortueux; elle dirige l'attention vers ces grands amphibies qui s'ébattent à l'aise au milieu des eaux, les serpents et le crocodile. C'est, il paraît aussi, la signification générale de ce mot, et selon quelques auteurs il aurait tour à tour l'une et l'autre signification; il faudrait l'entendre plus spécialement des serpents, Job 3:8; Ésaïe 27:1, du crocodile, Job 40:20, et des monstres marins en général, Psaumes 104:26; 74:13, pris dans ce dernier passage comme symboles de redoutables ennemis. (La dernière partie de Job 3:8, doit se traduire «ceux qui sont habiles à conjurer les léviathans.») Si l'on peut admettre ces divers sens d'un même mot,

Voir: Serpent,

il est un passage au moins dans lequel on doit le préciser davantage, c'est dans la description qui est faite de cet animal, Job 40:20-41:25. Et d'abord Il est évident que ce morceau qui célèbre la grandeur de Dieu dans la création, contient la description d'un animal réellement existant, et non point d'un être fabuleux et chimérique, ainsi que l'ont supposé quelques auteurs. Un assez grand nombre d'idées ont été émises sur cette question, et plusieurs, notamment Schultens dans son commentaire, ont soutenu qu'il fallait entendre par léviathan les plus grosses espèces de serpents marins; mais depuis Bochart presque tous les interprètes sont d'accord à y voir le crocodile (Rosenmuller, Gesenius, Winer, Preiswerk, Hævernick), et cette opinion se justifie amplement par l'accord des détails du livre sacré avec tout ce que nous connaissons de cet animal. Le morceau de Job se divise en deux parties; la première (40:20-41:2) est destinée à montrer, à faire ressortir la faiblesse de l'homme en présence de ce redoutable animal, si fort et si bien armé pour résister et se défendre; elle amène naturellement la conclusion: Comment celui qui ne peut lutter contre la créature, essaierait-il de le faire contre le créateur? La seconde (41:3-25) est une description des différentes parties de l'animal, de son caractère, de sa force et de sa férocité, description si vivante qu'il semble qu'on ait le léviathan devant les yeux, la gueule ouverte, jetant des flammes.

«Tireras-tu le léviathan avec un hameçon? Prendras-tu sa langue avec une ligne?

Lui passeras-tu une corde de jonc dans le nez? et lui perceras-tu d'un croc les mâchoires?

T'adressera-t-il beaucoup de prières? Te dira-t-il de belles paroles? (s'humiliera-t-il devant toi?)

Fera-t-il une alliance avec toi, que tu le prennes pour serviteur à toujours?

T'en amuseras-tu comme d'un oiseau, et l'attacheras-tu pour tes jeunes filles? (comme en Orient les enfants aiment à jouer avec de petits animaux, dont un léger fil suffit pour assurer la captivité.)

Les associés pêcheurs en font-ils commerce? le partagent-ils entre les marchands?

Rempliras-tu de pointes sa peau? (de manière qu'il y en ait assez pour le tuer), et du harpon des pêcheurs sa tête?

Mets sur lui ta main, essaie la lutte; tu n'y reviendras plus.

Voici, l'espérance de celui gui l'essaierait s'évanouira: est-ce qu'à sa vue déjà il n'est pas atterré?

Il n'en est pas d'assez vaillant pour l'éveiller. Et qui est celui qui se présenterait devant moi (pour me résister)?

Qui m'aurait fait des avances que je doive les lui rendre? Tout sous tout le ciel est à moi.

Je ne me tairai point de ses membres, l'expression de ses forces, la beauté de son armure.

Qui découvrira le dessus de son vêtement (la cuirasse qui recouvre sa peau)? Qui s'aventurera dans sa double denture?

Qui ouvrira les portes de son visage? Ses dents tout à l'entour sèment l'épouvante.

Fières sont les rangées de sa cuirasse, serrées comme d'un étroit cachet.

L'une touche à l'autre, un souffle ne passerait pas entre elles.

Chacune est collée à sa voisine; elles tiennent l'une à l'autre, et ne peuvent être séparées.

Ses éternuements rayonnent la lumière, ses yeux sont comme les paupières de l'aurore (c'est-à-dire comme les premiers rayons du jour. Les anciens avaient déjà remarqué que lorsque le crocodile sort du fond des eaux, on voit briller, avant même de voir son corps, ses yeux qui annoncent ainsi sa venue, comme l'aurore annonce le soleil.)

De sa bouche sortent comme des flambeaux; des étincelles de feu en jaillissent. De ses narines sort une fumée, comme d'un pot bouillant ou d'une chaudière.

Son souffle flambe comme un brasier (ou allumerait des charbons), et une flamme sort de sa gueule.»

Ces versets se rapportent au crocodile sortant du fleuve et chassant avec violence par les naseaux et par la bouche l'eau qui s'oppose à ses mouvements impétueux; ce sont des jets qui rayonnent dans tous les sens, et qui ont, selon quelques auteurs, une lumière phosphorescente quand l'animal est échauffé ou irrité; le voyageur Bartram parle aussi de cette vapeur qui sort de ses narines comme une fumée.

«En son cou repose la force, et devant lui danse l'effroi.

Les fanons de sa chair sont fermes, coulés (ou fondus) en lui, rien ne bouge. (L'image de la fonte exprime la dureté et l'adhésion des parties entre elles.)

Son cœur est dur (de fonte) comme une pierre, dur (de fonte) comme une pierre de meule de dessous.

Quand il se lève, des héros s'épouvantent; ils sont hors d'eux-mêmes d'effroi.

L'attaque-t-on avec l'épée, elle ne prend pas; ni dard, ni lance, ni cuirasse ne servent.

Il estime le fer comme de la paille, l'airain comme du bois pourri.

Le fils de l'arc (la flèche) ne le fait pas fuir, en chaume se changent pour lui les pierres de la fronde.

La massue lui semble comme du chaume; il rit du sifflement du javelot.

Sous lui sont des têts aigus (les écailles de son ventre); il traîne sur la vase une herse à battre le blé (c'est-à-dire il laisse dans la vase, partout où il se repose, des traces de son passage et l'empreinte de ses dures et fortes écailles qui labourent le terrain, comme si la herse y avait passé.)

Il fait bouillonner la profondeur comme un chaudron, et rend la mer semblable à un parfum (ou à un vase de parfumeur. Cette partie de la comparaison n'est pas claire; l'auteur veut dire que le léviathan agite et trouble les flots: mais quel rapport cette agitation a-t-elle avec du parfum?)

Derrière lui brille son chemin; l'abîme apparaît comme une tête blanchie (à cause de l'écume que la rapidité de ses mouvements forme autour de lui).

Rien sur la terre ne l'égale; il a été fait pour ne rien craindre.

Il voit au-dessous de lui (ou il fixe) tout ce qui est élevé; il est roi sur tous les orgueilleux (animaux).»

Tous les détails de cette poétique description concordent avec ce que les naturalistes et les voyageurs, anciens et modernes, nous disent du crocodile. Cet animal, géant dans la famille des lézards, habite particulièrement les bords du Nil, et devait être bien connu d'un auteur qui avait vécu en Égypte, comme celui du livre de Job. C'est là qu'il atteint sa plus grande longueur, qui va jusqu'à 10, et même 12 mètres; en Amérique, il n'en dépasse pas 6 ou 8. Son corps est vert, tacheté de noir; le ventre est d'un blanc jaunâtre. La tête est au moins deux fois aussi longue que large, et sa gueule, garnie à la mâchoire supérieure de trente-six, à l'inférieure de trente dents, longues et pointues, s'ouvre jusque derrière les yeux et les oreilles. Ses mâchoires sont extrêmement fortes; mais, comme elles ne peuvent se mouvoir que du haut en bas, et nullement de droite à gauche, le crocodile ne peut rien mâcher, et doit avaler sa nourriture telle qu'elle entre dans sa gueule; il y joint quelquefois des pierres pour faciliter la digestion. Ses yeux et ses oreilles se recouvrent, quand il est dans l'eau, de peaux très fines qui ne gênent pas les fonctions de ces organes, et servent à les protéger. Son cou est court, et son dos si raide que tous les mouvements de côté, un peu rapides, lui sont impossibles, ce qui permet facilement à ceux qui sont poursuivis de lui échapper. Les écailles de son dos, toutes égales entre elles, sont rangées sur dix-sept bandes, et se distinguent par leur forme carrée et régulière. Ce que l'on a dit des larmes et du ton plaintif de cet amphibie, n'est qu'une fable: sa voix (s'il en a une, ce qui est nié par quelques-uns), serait une sorte de mugissement rauque et élevé, sans rapport avec les cris d'un enfant. Il a le sang froid, et en petite quantité, rougeâtre, et il peut en perdre la plus grande partie sans en être sensiblement éprouvé. La femelle dépose dans le sable de trente à soixante œufs, légèrement plus grands que ceux de nos poules, et les laisse éclore au soleil, se bornant à les surveiller pour les défendre au besoin. Quand les petits brisent leur coquille, ils ont déjà 20 à 25 centimètres de longueur; leur peau est tendre, mais ils n'en sont pas moins vifs et voraces.

Le crocodile passe volontiers ses journées sur terre, étendu sur le sable aux brûlants rayons du soleil africain, et sommeillant; le soir, il retourne à l'eau. Sa pâture, il la cherche partout, mais s'attache de préférence aux êtres vivants; des enfants, des femmes, des hommes même, deviennent victimes de sa férocité; il fond sur eux à l'improviste, et les entraîne dans le fleuve. Quelques peuplades africaines se nourrissent de sa chair et la regardent comme un morceau délicat; mais elle est duré et répand une forte odeur de musc.

— On peut voir de très intéressants détails et des extraits du voyage de Bartram, dans le Morgenland de Preiswerk, 1839, avril.


LÉVIRAT.
Le mot ne se trouve pas dans l'Écriture, mais la chose s'y trouve. Levir, en latin, signifie le frère du mari, (lege vir, comme en anglais in law, désigne les parentés acquises par le mariage), et ce nom a été donné à la loi de Moïse qui obligeait un frère à épouser la veuve de son frère mort sans enfants, de telle sorte que l'aîné des enfants qui naîtraient de cette union nouvelle héritât des biens et du nom du défunt, Deutéronome 25:5-10; cf. Marc 12:18; sq. Cet usage, particulier, à ce qu'il semble, à la famille des Hébreux, était antérieur à Moïse, Genèse 38:6-8, et n'a été peut-être conservé par lui qu'à cause du sentiment national, qui regardait comme un devoir de ne pas laisser éteindre la race et le nom d'un homme mort prématurément, ou privé de descendance. Cette loi favorisait d'ailleurs l'esprit de famille, la division des fortunes et la perpétuité des héritages; elle était une exception formelle et motivée aux lois sur l'inceste,

Voir: Lévitique 18:16.

Le droit ouïe devoir d'épouser pouvait se transmettre à un parent plus éloigné; mais le frère qui renonçait à la main de la veuve pour se soustraire à cette charge, quelquefois gênante et coûteuse, était flétri officiellement et publiquement, flétrissure qui, du reste, fondée sur le préjugé, devait s'affaiblir avec lui; c'est ainsi que, dans le livre de Ruth, on voit déjà l'opinion modifiée, et la cérémonie destinée d'abord à jeter un blâme sur celui qui refuse, n'est plus qu'un moyen judiciaire de faire constater son refus, Ruth 4:1-10.

— Les prêtres étaient dispensés d'obéir au lévirat, Lévitique 21:13, ainsi que probablement les hommes hors d'âge d'avoir des enfants, et les prosélytes. C'était le frère le plus âgé du défunt qui était le premier obligé, et il ne paraît pas que la circonstance qu'il aurait été marié lui-même fût un motif suffisant de refus.

— Le lévirat, au surplus, a été retrouvé aux Indes et en Perse, à Siam, à Pégu, chez les Afghans; Niebuhr l'a découvert chez les Circassiens; Bergeron chez les Tartares; Bruce chez les Gallas, en Abyssinie.


LÉVITES.
Dans son acception la plus générale, ce nom comprend tous les descendants de Lévi, fils de Jacob, Exode 6:25; Lévitique 25:32; Josué 3:3; Ézéchiel 44:15. Dans le sens plus restreint et aussi plus ordinaire, il sert à désigner tous ces descendants, moins la famille d'Aaron, qui était de la branche de Kéhath, et spécialement destinée à la sacrificature, — Voir: Prêtres. Nombres 3:6-18:2. Il désigne donc, dans le premier cas, la tribu, pauvre et dépossédée en Israël, dans le second, la partie inférieure de la caste sacerdotale, la postérité de Guerson et de Mérari, celle de Jitshar et de Huziel, enfants de Kéhath, et celle de Hamram par Moïse, cf. Exode 6:16; sq. C'est de ceux-là seulement que Dieu pouvait dire: «J'ai entièrement donné les lévites à Aaron», Nombres 8:19; 18:6; 3:6. Ils étaient ainsi les serviteurs naturels du sanctuaire, les aides des prêtres et des sacrificateurs, obligés de les servir ou de les remplacer partout où la sainteté des cérémonies n'exigeait pas la présence exclusive du sacerdoce supérieur, comme l'exigeait le service de l'autel et de ce qui était au-dedans du voile. Dans le désert, ils devaient monter et démonter le tabernacle à chaque station, Nombres 1:51, couvrir et porter l'arche du témoignage et les vases sacrés, Nombres 4, Deutéronome 31:25; cf. 1 Samuel 6:15; 1 Chroniques 15:2,27; 2 Chroniques 5:4; Lorsqu'un centre plus stable eut été donné au culte, et que Jérusalem fut de venue le siège de la théocratie, ils furent chargés de la garde du temple et du soin d'en ouvrir et d'en fermer les portes, 1 Chroniques 9:27; 23:32; 26:12, des vases sacrés et de leur entretien, 1 Chroniques 9:28; 2 Chroniques 29:16, de là préparation des pains de proposition et des autres offrandes de farine pétrie, 1 Chroniques 9:32; 23:29, du chant et des instruments de musique pour le service du temple, 1 Chroniques 15:19; 23:5; 25:1; 2 Chroniques 5:12; 7:6; Esdras 3:10; Néhémie 12:27. Ils eurent, de concert avec les prêtres, la surveillance des trésors du temple et l'inspection des lépreux, Deutéronome 24:8; 1 Chroniques 26:20; 2 Chroniques 31:12; Néhémie 13:13; ils assistaient les prêtres dans le sacrifice et le dépouillement des victimes, dont ils recueillaient le sang, 2 Chroniques 29:34; 30:17; 35:11; ils faisaient les collectes pour les réparations du temple, et dirigeaient les ouvriers dans les travaux de construction, 2 Chroniques 34:9,12; ils devaient enfin pourvoir au bois du sacrifice, et faire respecter le jour du sabbat, Néhémie 10:34; 13:22. Cependant ils furent remplacés dans plusieurs de ces fonctions, et notamment dans les plus pénibles ou les plus abjectes, par les Gabaonites ou Néthiniens, q.v. Depuis les jours de David, plusieurs Lévites furent appelés aussi à remplir des fonctions publiques, judiciaires ou municipales, 1 Chroniques 23:4; 2 Chroniques 19:11; cf. Deutéronome 17:9; 21:5 (c'est du moins l'opinion de Michaélis, combattue par Cellérier, II. 294, sq.), et le roi Josaphat paraît leur avoir confié l'enseignement religieux du peuple dans tout le pays, 2 Chroniques 17:9.

Lorsqu'ils furent mis à part et solennellement consacrés au service du sanctuaire, Nombres 3:4, les Lévites n'avaient pas encore des fonctions aussi définitivement arrêtées qu'elles le devinrent par la suite; ils étaient les serviteurs du tabernacle d'une manière générale, mais le temps seul pouvait régulariser leur activité; ils ne prirent de consistance et de corps, ils ne s'organisèrent que sous David et Salomon. À cette époque, ils étaient 38,000, dont

  1. 24,000 servaient dans le temple,

  2. 6,000 étaient prévôts et juges,

  3. 4,000 portiers, et

  4. 4,000 musiciens.

Les premiers portaient par excellence le nom de lévites; ils étaient, comme les prêtres, divisés en vingt-quatre éphéméries, chacune ayant son chef, qui se relevaient tous les huit jours, entrant en semaine le jour du sabbat, et en sortant au sabbat suivant. Les lévites étaient appelés à servir depuis trente jusqu'à cinquante ans, Nombres 4:3,23,30,47. 1 Chroniques 23:3,24. (il faut probablement lire trente au lieu de vingt), cf. Nombres 8:23,26; ce dernier passage fait commencer le service à l'âge de vingt-cinq ans, ce que l'on a essayé d'expliquer soit en admettant cinq années préparatoires (Rosenmuller), soit en supposant qu'au chapitre 4, il ne s'agit que du transport des pièces du tabernacle (Maïmonides), soit enfin (Kanne) en regardant le chapitre 4 comme parlant de ce qui doit se faire dans les besoins actuels du service, et le chapitre 8, comme prévoyant les besoins plus grands du peuple quand les douze tribus seront établies dans leurs territoires respectifs, disséminées et non plus groupées. Plus tard, quand les travaux des lévites furent devenus moins pénibles, et qu'ils n'eurent plus à porter le tabernacle et les ustensiles pour son service, ils entrèrent en fonctions plus jeunes, et dans les derniers jours de David, ils sont dénombrés depuis l'âge de vingt ans, 1 Chroniques 23:27; 2 Chroniques 31:17, cf. Esdras 3:8.

— On ne voit pas dans la loi que des défauts corporels les aient rendus inhabiles, comme cela avait lieu pour les prêtres, à remplir les fonctions de leur charge, et un seul motif de dispense aurait été, selon les Juifs, un vice dans l'organe de la voix.

Sur leur première consécration,

Voir: Nombres 8:6, et l'article Lever.

La loi ne leur prescrivait pas un costume particulier, et les vêtements de fin lin dont ils sont revêtus 1 Chroniques 15:27. 2 Chroniques 5:12, ne sont pas mentionnés comme uniformes. Ce n'est que beaucoup plus tard, sous Agrippa II, six ans avant la ruine de Jérusalem, que les lévites musiciens, qui par leur présence habituelle dans le temple, et par la beauté de leur emploi, avaient plus que les autres gagné en considération, obtinrent la permission de porter la tunique de lin; Flavius Josèphe, à ce sujet, fait remarquer qu'on n'avait jamais impunément abandonné les anciennes coutumes du pays.

Leurs revenus consistaient dans les dîmes de toutes les récoltes et les premiers-nés des troupeaux, que les Hébreux étaient tenus d'abandonner aux serviteurs du temple, mais les Lévites devaient eux-mêmes payer la dîme de cette dîme à la famille d'Aaron, aux sacrificateurs, Nombres 18:24-28; 2 Chroniques 31:4; Néhémie 10:37-38; 12:44; 13:10; ils avaient, en outre, leur part aux repas de dîmes qui se faisaient après les récoltes, et à d'autres repas d'actions de grâces, Deutéronome 14:29; 12:18; 16:11; même une fois on les voit participer au partage du butin, après la défaite des Madianites, Nombres 31:30. Il semble que ces dîmes aient dû leur assurer une assez grande aisance, mais d'un côté ils étaient nombreux, de l'autre, ils avaient des familles à entretenir; en outre le paiement des dîmes et des prémices était laissé presque entièrement à la bonne volonté des propriétaires, il dépendait en grande partie de leur régularité à faire trois fois par an le voyage de Jérusalem, et souvent la négligence venait se joindre à la mauvaise volonté: les choses étaient arrangées de telle sorte que les Lévites eussent besoin de l'estime et de l'affection de leurs concitoyens; cette dépendance était à la fois un bien et un mal, mais elle existait, et si les sacrificateurs nous apparaissent en général comme étant dans une position plutôt riche que moyenne, les Lévites nous sont au contraires représentés comme pauvres, assimilés à la veuve, à l'étranger, à l'orphelin, presque recommandés à la charité des agriculteurs.

— La loi leur avait encore donné en toute propriété quarante-huit villes ou villages, ou plutôt trente-cinq, car ils devaient en abandonner treize aux prêtres; c'était en quelque sorte la dîme des villes ou des maisons, et dans un pays où chacun était agriculteur et propriétaire, et où l'on ne trouvait par conséquent pas d'appartements à louer, cette disposition de la loi était absolument nécessaire pour fournir des demeures à tous les membres de la tribu de Lévi: quand ils étaient de service à Jérusalem, ils habitaient les appartements réservés près du tabernacle et du temple, mais lorsqu'ils n'y étaient plus, ils devaient avoir un abri assuré pour eux et leurs familles; Nombres 35:1-5. Ces villes, avec un faubourg de mille ou deux mille coudées en dehors des murs, étaient dispersées sur le territoire de neuf tribus en deçà et au-delà du Jourdain; Juda, Siméon et Benjamin n'avaient pas de villes lévitiques, mais les treize villes sacerdotales étaient renfermées dans leurs frontières. Il est sûr que cette dispersion dut influer avantageusement sur la culture et l'instruction religieuse des tribus; quant au nom des villes

Voir: Josué 21:20;

sq.; dix d'entre elles appartenaient aux Kéhathites, treize aux Guersonites, et douze aux Mérarites.

Les Lévites étaient, d'après Flavius Josèphe, dispensés du service militaire, et ils obtinrent aussi, des gouverneurs étrangers après l'exil, l'exemption des impôts et péages, Esdras 7:24.

Il est assez remarquable que le Deutéronome n'indique nulle part que les sacrificateurs dussent appartenir à une famille particulière de la race de Lévi, et même il semblerait, par 18:6, que le corps sacerdotal se composât et se recrutât de tous ceux des Lévites qui sentaient en eux-mêmes une vocation intérieure spéciale pour le service du sanctuaire; ceux-là, comme véritables ministres de l'autel, avaient seuls le droit d'être nourris de l'autel, tandis que les autres Lévites, non fonctionnant, étaient simplement recommandés à la générosité des Israélites. Si c'est en effet ainsi que l'on doit entendre le passage indiqué du Deutéronome, il serait un premier pas vers une manière plus spirituelle de comprendre le sacerdoce, et l'on doit se rappeler que ce livre a été écrit environ quarante ans après la première institution, et qu'il a pu modifier déjà quelques-unes des lois, quelques-uns des principes existants. Toutefois la chose est incertaine, elle doit être examinée, mais ne peut se décider.


LÉVITIQUE.
C'est le nom qui a été donné au troisième livre de Moïse, parce qu'il traite de l'institution des lévites, et des lois et ordonnances qui devaient les régir. Dans les sept premiers chapitres, il décrit les sacrifices de divers genres qui devaient être offerts par le peuple, et la manière dont ils devaient être présentés. Le paragraphe suivant (chapitres 8-10) est plutôt historique; il raconte la consécration des prêtres et le châtiment que subirent Nadab et Abihu pour avoir offert devant l'Éternel un feu étranger. Les chapitres 11-22 contiennent les lois sur la pureté légale et cérémonielle; enfin, la fin du livre, 23-27, renferme des prescriptions sur les fêtes, les vœux et les dîmes. (Le chapitre 26 renferme des prophéties qui se sont accomplies d'une manière bien explicite à l'égard des Juifs, cf. verset 22 avec Nombres 21:6; 2 Rois 2:24; 17:25; Ézéchiel 5:17; et la conservation de ce peuple comme peuple distinct est encore un commentaire vivant du verset 44, une preuve de plus de la vérité des prophéties).

Le Lévitique comprend l'histoire du premier mois de la seconde année que les Israélites passèrent dans le désert, et il s'arrête au premier jour du deuxième mois, Nombres 1:1; cf. Exode 40:2,17; c'est du moins dans l'intervalle de ces deux dates que tous les événements qu'il rapporte se sont passés, sans que l'on puisse déterminer au juste combien de jours ils ont duré. On ignore l'époque de la rédaction, mais il est probable qu'elle a ordinairement accompagné, ou suivi de très près la promulgation des lois ou la célébration des solennités,

Voir: Pentateuque.

Le meilleur commentaire du Lévitique est celui qu'en donne l'apôtre dans l'Épître aux Hébreux; ce n'est que par cette épître qu'on peut comprendre tant de préceptes qui sans cela n'auraient aucune signification;

Voir: aussi g, des Bergeries, Moïse dévoilé, et Guers, le Camp et le Tabernacle.

Le Lévitique nous montre dans toutes ses pages la haine de Dieu pour le péché, et le sacrifice comme seul moyen de salut; c'est la lumière, mais encore faible, et un auteur anglais, Boyle, dit très bien que la loi cérémonielle, avec tous ses rites mystérieux, nous montre l'enfant Jésus enveloppé de langes, comme la crèche le montra aux bergers.


LÉZARD,
animal dont on connaît plusieurs espèces de diverses grandeurs, et que, selon quelques commentateurs, on retrouve dans l'Écriture sous six noms différents, qui sont traduits dans nos versions, Lévitique 11:29-30, par les noms de tortue, hérisson, crocodile, lézard, limace, taupe. Disons quelques mots sur chacun de ces animaux, en réservant toujours l'incertitude qui règne sur tous ces noms, dont la plupart ne se trouvent qu'une seule fois dans l'Écriture:

  1. Hébreux tzâb (Martin, tortue); l'animal désigné par nos versions est un amphibie dont le nom est tout à fait déplacé au milieu de ceux qui l'entourent, et que la plupart des commentateurs, déjà les Septante, Damir, Avicenne, puis Bochart, Hasselquist, Léon l'Africain, Shaw, Winer, Gesenius, Harris, sont d'accord à traduire par lézard d'Égypte (cauda verticillata); cet animal, qui porté encore le nom de dab ou dsab, a environ 35 à 40 centimètres de long, et 10 à 42 de large sur le dos; il ne boit pas d'eau; ses écailles sont dentelées, sa peau jaunâtre et ses formes assez agréables à la vue; non venimeux; très vif; ovipare.

  2. Anakah (hérisson). D'après la version anglaise, ce serait le furet; d'après Bochart, l'espèce de lézard tacheté, appelée par Pline stellio; d'autres (le docteur James), remontant à l'étymologie du mot hébreu, qui indique un cri plaintif ou un grognement, pensent à la grenouille; Hasselquist, au lézard du Nil; Harris, au lézard gecko, couvert de taches rouges, et dont le cri aigu lui aurait valu son nom égyptien, et aux Indes celui de tockaï, qui correspondent à la signification du nom hébreu; Winer enfin voit l'anakah dans l'ouaral ou guaral des Arabes: laid, méchant, venimeux, redoutable, long de 80 centimètres, il ne craint ni le crocodile, ni les plus gros serpents; sa peau est brun-rouge, semée de taches noires; sa force a fait penser à plusieurs auteurs (Bochart, Léon l'Africain, Harris) qu'on devait le voir dans l'animal nommé en hébreu co'ach, qui signifie force; mais cette étymologie n'est pas une preuve absolue, car, ainsi que l'ont déjà démontré Michaélis et Rosenmuller, le nom de co'ach peut avoir encore d'autres significations.

  3. Co'ach (crocodile); les Septante et l'anglais, caméléon; Harris, guaral; Winer le traduit par lézard stellion: brun, avec des taches, les unes blanches, les autres noires; le corps est plus court que la queue, qui a 10 centimètres de long.

    Voir: ci-dessus #2.

  4. Letaah (lézard); Vulgate, stellion; tous les interprètes reconnaissent que c'est une espèce de lézard, mais ils varient sur l'espèce. Winer, d'après Castellion, y voit la salamandre, de 9 ou 10 centimètres de long, large de trois, noire et tachetée de raies jaune-orange, avec deux rangs de glandes sur le dos, qui suintent une humeur laiteuse suffisante pour éteindre un très petit feu; de là la fable de la salamandre qui peut vivre dans le feu. D'après Bochart, ce serait une autre espèce de lézard, venimeux, et qui peut se coller à la terre de manière à ce qu'on ne puisse l'en arracher qu'avec beaucoup de peine (de l'arabe atah).

  5. Chomet (limace). D'après Bochart, qui s'appuie d'une étymologie vague et incertaine, ce serait une espèce de lézard; c'est aussi l'opinion de Harris, et la nature des animaux dont il est parlé avant et après, semble justifier cette interprétation; cependant l'hébreu chamat, qui signifie sable, permet de voir dans cet animal la limace ou l'escargot, ainsi que le font nos versions et Winer; ce serait alors le même que l'on trouve, Psaumes 58:8, sous le nom de shabeloul (Bochart). Dieu a donné à ce pauvre animal une peau dure et visqueuse, qui doit lui servir de moyen de locomotion par le mouvement de contraction dont elle est douée; en même temps il peut s'attacher à toute espèce de surface, soit par la viscosité même de son ventre, soit par la pression atmosphérique et le vide que l'animal fait entre son corps et l'objet sur lequel il rampe. La coquille de l'escargot lui est aussi une protection contre les intempéries de l'air; il peut s'y retirer et se mettre à l'abri contre les petits dangers qui menacent incessamment sa frêle existence. Le psalmiste eu a fait l'emblème du méchant qui se consume lui-même dans ses entreprises, laisse partout des traces de son passage, mais se détruit, se fond en son chemin, en perdant à mesure et ses forces et sa substance.

  6. Thinshémeth (taupe). C'est le même mot qui sert, Lévitique 14:18; et Deutéronome 14:16, à désigner un oiseau impur,

    Voir: Cygne.

    Ici on le traduit de deux manières différentes, sans compter celle de la Vulgate, acceptée parles versions française et anglaise; Saadias, puis Hasselquist, Golius, Winer, entendent par cet animal le lézard gecko (— Voir: #2), petit, à queue courte et ronde, venimeux, mais avec cette singularité que c'est par les lobes de ses doigts de pied qu'il laisse échapper son venin; il recherche les lieux où se trouvent des dépôts de sel marin, il s'y promène plusieurs fois de suite et y laisse après lui son venin, d'autant plus dangereux qu'il rend le sel amer, et le corrompt de telle manière que son usage peut engendrer la lèpre. D'après Bochart, Geddes et Harris, et cette opinion se recommande davantage selon nous, il faut traduire thinshémeth par caméléon: ce petit animal atteint une longueur de 25 centimètres; sa queue est longue, plate et flexible; il s'en sert quelquefois pour s'attacher aux branches d'un arbre et reste ainsi suspendu: il n'a pas de cou visible; sa tête est unie au corps comme chez les poissons, sans séparation; elle a deux ouvertures qui lui servent de narines, et pas d'oreilles; le caméléon ne rend aucun son, ni cri, ni grognement; ses yeux sont extrêmement mobiles, beaux et d'un jaune d'or; il les promène à droite et à gauche sans avoir besoin de tourner la tête, ce qui lui serait assez difficile; ordinairement ses yeux sont obliques et regardent de deux côtés à la fois. Sa couleur est gris d'acier, mais devient facilement jaune ou noire quand il sort de son état naturel et qu'une passion l'anime. Une ancienne tradition porte qu'il se nourrit d'air, sans boire ni manger (Pline 8, 33. Ovid. 15; 4, 411). Ce qui est vrai c'est qu'il peut rester longtemps sans nourriture. Hasselquist raconte qu'il en a gardé un trente-deux jours sans lui rien donner, et que c'est dans les derniers jours seulement qu'il parut un peu éprouvé de ce régime; il se nourrit, principalement d'insectes. Son nom hébreu thinshémeth, dont la racine est nasham (respirer), rappellerait l'ancien préjugé d'après lequel le caméléon ne serait ni herbivore, ni Carnivore, mais un simple respirateur.


LIBAN.
Le nom de cette montagne vient de l'hébreu laban, qui signifie blanc, soit qu'il se rapporte aux neiges éternelles dont est couvert son sommet (comme le nom de nos Alpes rappelle le latin albus, blanc), soit qu'il vienne de la roche blanchâtre et crayeuse dont se compose presque toute la chaîne. Non loin de la rive phénicienne, à peu de distance dans l'intérieur des terres, s'élève au-dessus d'avant-monts un long rempart de montagnes escarpées, dont aucune pointe saillante ne domine de beaucoup la crête uniforme, et qui ne peut, à cet égard, nullement être comparé aux Alpes crénelées de la Suisse. Le sommet le plus élevé de la chaîne, celui qui porte proprement le nom de Liban, est situé eu dehors des limites de la terre promise, au sud d'Antioche, au nord de Nazareth, à l'occident de Damas, à l'orient de Tyr et de Sidon; il a environ 4,800 mètres de hauteur, et la neige n'y fond jamais; on y jouit d'une vue fort étendue sur la mer et sur les montagnes environnantes. Le versant occidental s'incline doucement vers la mer, tandis que le versant oriental est fort roide, comme le versant oriental de toutes les montagnes calcaires de la Syrie; il conduit en deux heures, par une pente rapide, dans la vallée qui sépare le Liban de l'Anti-Liban, vallée que les Grecs connaissaient sous le nom de Cœlésyrie, ou Syrie creuse, et qui porte en hébreu le nom de Bikeath ou campagne du Liban, Josué 11:17; 12:7. D'autres cependant, Winer, Rosenmuller, pensent que la Cœlésyrie est le Bikkath-Aven de Amos 1:3; tandis que la plaine du Liban serait plus près des sources du Jourdain, au pied du Djebel-Heisch. Le sol en est fertile et sans pierres; ses heureux habitants, longtemps ignorés et tranquilles, ont échappé aux orages des guerres qui désolaient leurs voisins, mais cette prospérité a eu son terme; la fertile Cœlésyrie est devenue déserte, et l'on ne peut plus admirer maintenant que les belles et gigantesques ruines de Bahalath qu'elle renferme.

— Quatre fleuves sortent du Liban: le Jourdain, qui coule au sud et va se jeter dans la mer Morte; l'Amana, vers l'est; le Léontés, vers l'ouest; l'Oronte, au nord, vers la Méditerranée. Le Kadisha suit pendant dix lieues, de l'est à l'ouest, le pied de la chaîne, et se jette dans la mer non loin de Tripoli; c'est près de la source de cette rivière, dans le voisinage du village montagneux de Bschirraï, que se trouve l'antique forêt de cèdres, si renommée et si déchue de sa gloire et de sa beauté. Les flancs escarpés du Liban, jadis si richement boisés, ne comptent plus que quelques forets de chênes et quelques bouquets de cèdres; mais dans les nombreuses vallées qui sillonnent les deux versants de la chaîne, croissent en abondance les fruits du Midi, les figues, les amandes, les grenades, les citrons, les oranges (Bræm); plus haut encore sont des plantations d'oliviers, et jusqu'au pied des sommets les plus élevés, des noyers, des mûriers, de la vigne et des champs de blé. Le vin du Liban n'a pas perdu son ancienne réputation (Osée 14:7). Les pâturages des montagnes nourrissent un grand nombre de bêtes à cornes, de chèvres à longs poils, des moutons et de beaux mulets, cf. Ésaïe 40:16. Nulle part sur la terre les sources ne sont plus abondantes qu'au Liban, et une multitude de ruisseaux, qui fertilisent les champs et les prairies, se précipitent par des gorges, et en formant de nombreuses cascades, dans la mer ou dans les vallées principales. La Bible parle souvent de la magnificence du Liban, de ses cèdres, de ses forêts, de ses champs fertiles, de ses doux parfums et de ses riches vignobles, de la neige qui recouvre ses cimes, des eaux qui arrosent ses vallées, Osée 14:7; Cantique 4:11,15, et des animaux qui peuplent ses solitudes, les perdrix, les sangliers, les chacals, les panthères. Le Liban est une image du Seigneur, de ses dons spirituels et de son Église, Psaumes 133:3 (Hermon), Cantique 4:11,15; 5:15. Osée 14:5; Ésaïe 35:2; de l'orgueilleux Assyrien et de ses destinées, Ésaïe 10:5,17-18,34; en général des choses grandes et puissantes, Psaumes 29:6; Ésaïe 40:16. Son nom a été donné au temple de Jérusalem, qui était construit de bois de cèdre, Zacharie 11:1; Ézéchiel 17:3, ainsi qu'au palais de Salomon, 1 Rois 7:2.

— La tour du Liban qui regarde vers Damas, Cantique 7:4, paraît avoir été fort haute; Benjamin de Tudéla en a vu les restes, et assure que les pierres dont elle était construite avaient jusqu'à 20 palmes de long et 12 de large; Maundrel ne l'a vue que de loin.

Damas était le centre principal de toutes les caravanes de l'Asie occidentale; les villes de la côte phénicienne étaient le port général d'où les marchands exportaient les marchandises venues d'Orient; la double chaîne du Liban et de l'Anti-Liban séparait Damas de la mer. La route de communication la plus directe entre ces deux grands entrepôts et débouchés, traversait l'Anti-Liban, la Cœlésyrie et le Liban; mais pénible et dangereuse, elle n'a jamais été très fréquentée; la voie ordinaire et principale évitait les montagnes au moyen d'un grand détour vers le sud; elle se dirigeait vers le bras est du mont Hermon, en traversait aisément les hauteurs peu considérables et peu escarpées, descendait vers le Jourdain qu'elle passait probablement au pont de Jacob (— Voir: Jourdain), suivait les bords du lac de Génésareth par Capernaüm et Bethsaïda jusqu'à Magdala, montait par une vallée sur le plateau, et s'élevait plus haut encore vers la plaine de Zabulon, au-delà de laquelle elle descendait à Akko. C'est là le chemin de la mer qui vient d'au-delà du Jourdain, Ésaïe 8:23; Matthieu 4:15. C'est sur cette route, à Capernaüm, où le chemin passe dans un défilé entre le lac et la montagne, que les Romains avaient établi un péage.


LIBATIONS, ou aspersion,
(ou aspersion sur le sacrifice. Philippiens 2:17; 2 Timothée 4:6), expression usitée dans l'Écriture sainte comme chez les auteurs profanes, pour désigner l'effusion de liqueurs que l'on répandait sur les victimes offertes à la divinité. D'après la loi juive, les libations se composaient ordinairement de vin (Deutéronome 32:38; Osée 9:4), que l'on versait sur l'autel d'après Flavius Josèphe, et non dans un de ses canaux seulement. Elles étaient presque toujours accompagnées d'offrandes de pain, de farine et de sel, Nombres 6:15,17; Joël 1:9,13; 2:14, et quelques auteurs ont réuni sous un même nom, et souvent confondu, les libations sèches avec les libations proprement dites; nous parlerons des unes et des autres,

Voir: Offrandes.

— Aucun holocauste ne pouvait être offert sans qu'il s'y joignît l'une et l'autre espèce de libations, comme aussi l'homme lui-même ne mange pas volontiers de la viande sans pain et sans vin, cf. Nombres 7:87. Les libations accompagnaient également les sacrifices d'actions de grâces, mais jamais les offrandes pour le péché, Nombres 6:17; 15:5; 1 Chroniques 29:21; 2 Chroniques 29:35. Elles étaient présentées soit au nom de personnes isolées, soit au nom du peuple entier, tous les jours, Exode 29:40, d'autres aux jours de sabbat, d'autres enfin, lors des fêtes solennelles, Nombres 28:7,9,14; 29:4. La libation qui accompagnait le sacrifice d'un agneau était 1/10 d'épha de farine, 1/4 hin d'huile, 1/4 hin de vin; pour un bélier, 2/10 épha de farine, 1/3 hin d'huile, 1/3 hin de vin; pour un veau ou pour un taureau, 3/10 épha de farine, 1/2 hin d'huile et autant de vin, Nombres 15:4; 28:14; sq. 29:9; Lévitique 14:21. Dans les temps de leur égarement les Israélites faisaient des libations semblables aux faux dieux qu'ils adoraient, Ésaïe 57:6; 65:11; Jérémie 7:18-19,13; 44:17; Ézéchiel 20:28, usage qui n'avait rien d'étrange pour les païens, et qu'on retrouve dans Virgile, quand Sinon parle du sort qu'on lui réservait:

Jamque dies infanda aderat, mihi sacra parari,
Et salsæ fruges, et circum tempora vittæ.
(Æneid. II. 132; 133)

et lorsque Didon s'apprête à faire un sacrifice:

Ipsa tenens dextrà pateram pulcherrima Dido
Candentis vaccæ media inter cornua fundit.
(IV, 60; 61)

Des libations d'eau étaient faites pendant la fête des tabernacles, q.v., cf. 1 Samuel 7:6. On en retrouve encore d'autres exemples avant l'exil, 2 Samuel 23:16. Quant au fait rapporté 1 Rois 18:34, sq., l'eau qu'ÉIie répandit sur l'autel était une libation extraordinaire, dont le but était symbolique en ce qu'il devait annoncer la pluie de bénédiction qui allait venir sur le pays, en même temps que cette profusion d'eau que le feu du ciel allait bientôt consumer, était destinée à mettre en évidence le ministère divin du prophète.

Sur une libation d'huile, Genèse 35:14,

Voir: Pierres.

On sait que les païens avaient coutume de boire du vin mêlé de sang lorsqu'ils se réunissaient par serment pour une entreprise importante, dangereuse et non avouée, par exemple pour une conjuration (Sallust. Catil. 22); on a cru trouver des allusions à cet usage, Psaumes 16:4; Zacharie 9:7.


LIBERTINS ou affranchis
(ou affranchis). Il y avait à Jérusalem, au temps des apôtres, une synagogue dans laquelle se réunissaient ordinairement, outre les Juifs de Cyrène et d'Alexandrie, les Juifs appelés libertins, Actes 6:9. La synagogue avait reçu le triple nom de ceux qui avaient l'habitude de la fréquenter; c'est de son sein que sortit la première opposition au ministère d'Étienne, que furent jetées les premières attaques, les premières accusations, les premières pierres. Quelques interprètes (Bèze, Valkenaer), ont cru qu'il fallait lire Libistiniens au lieu de libertins, estimant que les trois noms de la synagogue dans le passage cité devaient avoir un caractère géographique; ce serait une forme rare, sinon précisément poétique, du nom de Libyens; mais cette supposition ne repose sur aucun fondement critique, et n'est appuyée sur aucun manuscrit. D'autres conservent le nom de Libertins, mais lui font signifier habitants de la ville ou contrée (inconnue) de Libertum, qu'ils supposent avoir existé dans l'Afrique propre ou proconsulaire, parce qu'au synode de Carthage, 411, se trouvait un évêque ayant pour titre Libertinensis. L'opinion généralement reçue, c'est que les libertins étaient des esclaves libérés qui avaient conservé ce nom, eux et leurs descendants, soit des affranchis romains qui auraient passé au judaïsme, soit des Juifs que Pompée et Sosius auraient emmenés captifs de Palestine en Italie, et qui, ayant obtenu leur liberté (Tacit. Annal. 2, 85), se seraient établis à Rome jusqu'au moment où Tibère chassa de ses états les superstitions étrangères; il est naturel que dans ce cas ils se soient retirés à Jérusalem, et en assez grand nombre pour y posséder en tiers une des quatre cent quatre-vingts synagogues qui s'y trouvaient au dire des rabbins.

— On ne peut dire avec certitude si, Actes 6:9, il est question de trois synagogues, ou d'une seule avec trois noms; mais ce qui est probable, c'est que ces noms n'étaient que des noms, et que la synagogue des libertins ne comprenait pas des libertins à l'exclusion des autres Juifs, et qu'elle ne les comprenait pas tous non plus.


LIBNA.
  1. Ville sacerdotale et ville de refuge dans les plaines de la tribu de Juda, ancienne résidence royale des Cananéens, Josué 10:29; 12:15; 21:13; 1 Chroniques 6:57. Elle se détacha du royaume de Juda sous l'infidèle Joram, et, à ce qu'il paraît, par attachement à la foi de ses pères, 2 Rois 8:22; 2 Chroniques 21:10, mais plus tard elle rentra dans l'obéissance; au temps d'Ézéchias, Sanchérib l'assiégea, 2 Rois 19:8; Ésaïe 37:8; on ignore s'il réussit à s'en emparer,

    Voir: encore 2 Rois 23:31; 24:18.

    Eusèbe la place dans la contrée d'Éleuthéropolis sous le nom de Lobana.

  2. Campement des Israélites au désert, Nombres 33:20.

  3. Sihor Libnat (et non Sihor vers Benath), Josué 19:26, rivière qui servait de limites à la tribu d'Aser; son nom peut se traduire ruisseau de verre. C'est probablement le Bélus ou Béleus des anciens; non loin de son embouchure, il coule à travers des sables très Ans. On raconte que des vaisseaux sidoniens chargés de salpêtre y abordèrent, et que les gens de l'équipage, voulant préparer leur repas et ne trouvant point de grosses pierres pour construire leur foyer, se servirent à cet effet de grands morceaux de salpêtre, qui se fondirent au feu et se mêlèrent avec les cendres et le sable: il en résulta une matière transparente; c'était du verre. Dès lors le sable du Bélus fut transporté à Sidon, où l'on perfectionna l'art de travailler le verre; et aujourd'hui encore les Vénitiens en chargent leurs vaisseaux pour les belles fabriques de leur patrie (Rougemont).


LIBYE,
contrée de l'Afrique septentrionale. Les Grecs, depuis Homère et Hérodote, désignaient par ce nom la race inculte et cuivrée qui habitait les côtes sablonneuses et stériles de l'Égypte; ces peuplades furent plus tard chassées et repoussées vers l'intérieur encore peu connu du pays, par l'arrivée d'une colonie grecque à Cyrène, et d'une colonie phénicienne à Carthage. Les Libyens s'enrôlèrent dans le service étranger sous Xercès (Hérodote 7, 71; 86), sous Sésak, roi d'Égypte et sous Sérah, roi d'Éthiopie, 2 Chroniques 12:2; 16:8; cf. 14:9; il paraît même, d'après Nahum 3:9, que la célèbre Thèbes (— Voir: No.) fut aussi défendue par les armées libyennes. Daniel 11:43, prouve que des rapport ethnographiques existaient entre les Égyptiens, les Lybiens et les Cushites; et les Léhabim nommés Genèse 10:13, parmi les descendants de Mitsraïm (l'Égypte), sont, sans aucun doute, les mêmes que les Lubim ou Lybiens. Chez les Romains ce nom n'avait qu'une portée ethnographique et non point géographique; il indique vaguement la contrée, Actes 2:10; et désigne plutôt les habitants. La côte d'Afrique, depuis l'Égypte jusqu'à Carthage, se divisait en trois districts principaux, la Marmarique, la Cyrénaïque et l'Afrique propre; cependant Ptolémée nomme le premier de ces districts Marmarique libyenne, et comprend les deux autres sous le nom général et commun de Lybie propre ou intérieure. Pline appelle Libye le district Maréotis.


LICORNE.
C'est par ce mot que nos versions ont traduit l'hébreu reém; les Septante, monocéros. La première question qui se présente regarde l'existence même de cet animal; les anciens l'ont admise sans hésitation, mais paraissent avoir plus d'une fois confondu dans leurs descriptions la licorne et le rhinocéros (Pline 8, 30. Ænlian. Anim. 16, 20); un bon nombre de voyageurs plus modernes semblent avoir commis une méprise du même genre; d'autres, distinguant bien ces deux espèces de mammifères, ont cru pouvoir établir l'existence de l'un et de l'autre, mais varient dans la description qu'ils font de la licorne, que la plupart d'entre eux avouent n'avoir pas vue de leurs propres yeux et ne connaître que par ce que leur ont dit les naturels des pays qu'ils ont visités. Le portugais Jean Gabriel raconte pour sa part qu'il a vu dans le royaume de Damor une licorne qui avait une belle corne blanche au front, longue d'un pied et demi, poil de la queue et du cou noir et court, forme et grandeur d'un cheval bai. Vincent le Blanc en a vu une autre dans le sérail du roi de Pégu, elle avait la tête plutôt d'un cerf que d'un cheval; et Louis Barthémo (XVIe siècle), dit qu'il en a vu, chez le sultan de la Mecque, deux qui lui avaient été envoyées par un roi d'Éthiopie; la plus grande des deux avait sur le front une corne de trois aunes (?!) de long, la tête ressemblait à celle d'un cerf, la peau était brun foncé, le pied fendu et l'ongle d'une chèvre. Ne seraient-ce pas là de véritables antilopes qui auraient perdu une corne par accident? Enfin, pour ne pas tout citer, Hodgson, président de la Compagnie des Indes à Nepal, reçut de la ménagerie du raja un animal qu'on lui dit habiter les parties méridionales du Thibet, qu'il reçut comme licorne et dont il envoya la peau au musée de Calcutta; la peau était fauve et blanche sous le ventre; au milieu du front s'élevait une longue corne pointue, noire, formant trois légers coudes, avec des anneaux circulaires à la base; l'animal avait en outre deux petites touffes de poils aux narines, passablement de soies autour du nez et de la bouche, et la chevelure épaisse comme ne formant qu'une seule masse, autant de caractères qui donnaient à la tête quelque chose de lourd et de repoussant: cette peau serait un témoignage décisif, s'il était prouvé que l'animal était une licorne et non point une antilope monstre. Dans cette incertitude, plusieurs hésitent, pendant que d'autres ont embrassé plus ou moins chaudement, soit l'affirmative (Bochart, Ludolf, Meyer, Rosenmuller), d'autres la négative (Cuvier). Disons seulement que l'existence d'une licorne ne serait nullement impossible, qu'elle pourrait se justifier en anatomie, et que si l'animal que l'on dit avoir habité l'Égypte et l'Éthiopie ne s'y trouve plus, cela provient peut-être de ce qu'il a été refoulé dans les déserts plus intérieurs de l'Afrique, comme cela est arrivé pour d'autres espèces d'animaux. Quoi qu'il en soit, les voyageurs et les naturalistes qui croient encore à l'existence de la licorne, lui assignent pour séjour les montagnes du Thibet où elle marche par grandes bandes, et l'Afrique, depuis le grand désert jusqu'aux confins de la Cafrerie; elle ressemble au cheval, a 48-52 pouces de hauteur, sur le front une longue corne un peu recourbée vers le milieu; son caractère est sauvage et indomptable.

Après cette question préalable, et dont la solution n'est pas sans importance, on doit se demander si, en admettant même l'existence de la licorne, c'est bien de cet animal qu'ont voulu parler les auteurs sacrés sous le nom de reém. Pour cela, voyons les caractères qu'ils lui donnent, et examinons brièvement chacun des passages où il en est parlé:

  1. Nombres 23:22; et 24:8, il n'est question que des forces du reém;

  2. Deutéronome 33:17, les forces de Joseph sont comme les cornes d'un reém, ou plutôt comme des cornes de reém, sans que rien soit préjugé sur le nombre qu'en porte chaque individu (de même Psaumes 22:21); le reém est mis en parallélisme avec le taureau, probablement sous le rapport de la force et de la puissance; cf. aussi Psaumes 29:6.;

  3. Job 39:12-13, le reém ne se laisse pas attacher à la charrue comme fait l'âne et le bœuf, il rompt ses liens; on ne peut ni l'apprivoiser, ni le dompter;

  4. Psaumes 22:21, le reém est dangereux, sa corne ou ses cornes lui servent d'armes;

  5. Psaumes 29:6, le petit du reém est nommé à côté du veau, comme animal aux ébats joyeux et légers;

  6. Psaumes 92:10, la corne du reém est élevée, ce qui implique tout ensemble une certaine longueur, sa position à peu près perpendiculaire sur la tête, sa direction vers le ciel, et sa force; le singulier ne prouve rien, pas plus que lorsque nous disons: «la corne du taureau est plus courte que celle du bœuf;»

  7. Ésaïe 34:7 (grande hécatombe offerte en l'honneur du Seigneur), les reéms descendront avec les béliers (verset 6), et les veaux avec les taureaux, c'est-à-dire les forts et les sauvages avec les faibles et les inoffensifs; le caractère du reém est ici d'une manière générale la force, peut-être la férocité.

— Il résulte de ces sept ou huit passages que le reém est sauvage, cornu, vif, indépendant et dangereux; cela peut s'appliquer à la licorne si elle existe (ainsi font Meyer, Schmidt, et presque Rosenmuller), mais cela peut aussi se rapporter à beaucoup d'autres animaux; c'est ainsi, que suivant les traces d'Aquila et de Saadias, Michaélis, Bruce et Harris pensent qu'il s'agit du rhinocéros; Schultens, Bridel, Gesenius, De Wette, Hitzig, du buffle; Bochart, Rosenmuller (?), Winer, de l'oryx des anciens, opinion peut-être appuyée par la tradition juive, et qui se justifierait aussi par le nom de réim que les arabes donnent encore, d'après Niebuhr, à cette espèce de gazelle. L'oryx, appelé par Linnée antilope leucoryx, ou gazelle blanche, est représenté par Oppien comme sauvage et indomptable, par Pline comme n'ayant souvent qu'une corne, par Hérodote comme atteignant à peu près la taille du bœuf; il habite particulièrement l'intérieur de l'Afrique, mais il se trouvait aussi anciennement en Égypte où les auteurs sacrés auront pu en avoir connaissance. S'il faut se décider, nous nous rangerons volontiers à cette opinion tout en reconnaissant qu'elle n'est pas sûre, et en avouant que plusieurs considérations recommanderaient aussi l'opinion de Harris, car d'après Good, le rhinocéros porte encore en Arabie le nom de reém, et il serait étonnant qu'un animal aussi remarquable et aussi connu de l'Égypte et des côtes de la mer Rouge n'eût été mentionné en aucune manière dans l'Ancien Testament. Quant au buffle, la raison principale qui soutient cette traduction, c'est que le reém paraît être plusieurs fois mis en comparaison du bœuf et du taureau, Deutéronome 33:17; Psaumes 29:6; en suivant le même principe on pourrait aussi chercher cet animal dans la famille du lion, Psaumes 22:21, ou dans celle du bélier, Ésaïe 34:7-8, et l'on mettrait le léviathan avec les oiseaux comme un gros parmi les petits, Job 40:24.

Chacun décidera dans cette question suivant que l'un ou l'autre argument lui paraîtra le plus fort; disons seulement que l'objection tirée de ce que les poètes hébreux ne pouvaient avoir connaissance de l'existence de la licorne, si elle existait, parce qu'elle ne vivait certainement pas en Palestine, ressemble à l'assertion d'Eichhorn, qu'Ésaïe ne pouvait connaître l'Égypte puisqu'il n'y avait pas encore d'itinéraires à cette époque.


LIERRE,
Voir: Kikajon.


LIEUTENANTS
(s'ganim). Daniel 3:2-3, traduit par magistrats, Néhémie 2:16; 4:19; 5:7, espèce d'employés municipaux;

Voir: Baillis.


LIEUX
(Hauts). On appelait ainsi les hauteurs sur lesquelles des autels étaient élevés soit à l'honneur de Jéhovah, soit en l'honneur de divinités païennes, chez les païens ou chez les Israélites eux-mêmes, Nombres 22:41; 33:52; 1 Rois 11:7; 2 Rois 17:9,29; 21:3; 23:5,13; Jérémie 19:5; 48:35; Ézéchiel 6:3; 20:29. Ces autels, qui correspondaient aux chapelles que les catholiques élèvent en tant de lieux déserts, dans les bois et sur les montagnes, étaient d'invention païenne; les anciens avaient choisi de préférence des collines, Jérémie 2:20, parce que la vue étendue dont on jouit lorsqu'on domine un vaste horizon, élève l'âme esthétiquement, et la dispose à l'adoration de l'idée divine; Moïse ordonna à son peuple de détruire les autels qu'ils trouveraient sur les collines dans le pays de Canaan, Nombres 33:52; Deutéronome 12:2, et leur défendit même, pour maintenir intact le principe du monothéisme, d'en élever au vrai Dieu pour leur usage particulier, Lévitique 26:30; Deutéronome 12:4-5. Mais les Israélites se laissèrent entraîner par l'exemple du mal, et l'on trouve déjà avant Salomon des exemples isolés de hauts lieux construits, et en quelque sorte desservis par des prophètes, 1 Samuel 9:12,14; 2 Samuel 15:32; 1 Rois 3:2; puis plus tard, après le schisme, ce culte d'encens et de sacrifices offerts en dehors du temple, apparaît comme formellement organisé, dans le royaume d'Israël surtout, 1 Rois 12:31; 13:32; 2 Rois 17:32, et même dans celui de Juda, où tous les rois (sauf Ézéchias, 2 Rois 18:4) favorisèrent où du moins tolérèrent cet acte défendu, mais qu'ils croyaient justifié par le fait que c'était Jéhovah que l'on y adorait, 1 Rois 15:14; 22:44; 2 Rois 12:3; 14:4; 2 Chroniques 33:17. Dans l'un et dans l'autre royaume, des prêtres particuliers étaient chargés de ce service, 1 Rois 13:33; 2 Rois 17:32; 23:9,20. Avec le temps l'expression de hauts lieux prit une acception plus générale, et s'appliqua à des autels construits dans des villes et même dans des vallées, 2 Rois 17:9; cf. Ézéchiel 16:24; 20:29; Jérémie 7:31; 32:35; peut-être aussi peut-on conclure d'Ézéchiel 16:16, qu'il y avait quelquefois des espèces de hauts lieux portatifs que les personnes riches faisaient et défaisaient à volonté, comme le tabernacle dans le désert, et qu'elles ornaient de riches tapisseries.


LIÈVRE
(hébreu arnébeth, de arahnib, tondre les produits du sol, d'après Bochart); cet animal était rangé par la loi mosaïque au nombre des viandes impures, Lévitique 11:6; Deutéronome 14:7. Les Turcs et les Arméniens détestent le lièvre, que les Arabes au contraire, ainsi que les Grecs et les Romains, regardaient comme un manger très délicat. C'est peut-être à cause de ses habitudes de lasciveté bien connues que Moïse l'a déclaré souillé; quant à sa chair, elle avait parmi les anciens médecins la réputation d'épaissir le sang et de rendre mélancolique. Le lièvre a quatre doigts de pieds derrière, et cinq devant, avec des ongles, et le dessous des pieds garni de poils; s'il ne rumine pas, puisqu'il n'a qu'un seul estomac et assez vaste, cependant il paraît ruminer, et plusieurs auteurs sont même dans le doute à cet égard. Quelques-uns pensent que le lièvre dont parle Moïse est celui que les Arabes nomment encore de nos jours arneb, erneb ou eraneb. Fort abondant en Syrie, il l'est cependant moins que dans nos contrées.


LIGURE,
Exode 28:19; 39:12;

Voir: Hyacynthe.


LIMACE,
Voir: Lézard #5.


LIN.
Il y a en hébreu quatre ou cinq expressions différentes qui sont toutes rendues par lin ou fin lin dans nos traductions; disons d'abord quelques mots de chacune d'elles.

  1. Bad; les sacrificateurs ont des caleçons de lin, Exode 28:42; 39:28; Lévitique 6:10; au pluriel, un ange est vêtu de lin. Ézéchiel 9:2-3; Daniel 10:5; la plupart des commentateurs maintiennent cette signification, et Winer pense qu'il s'agit du lin le plus On, ce qui semble assez probable puisque l'Écriture en fait le vêtement des anges et celui des sacrificateurs; Harris au contraire voit le très fin Fin dans le shesh.

    — Le bad était encore l'étoffe de l'éphod dont David était vêtu lors du solennel transport de l'arche, 2 Samuel 6:14; 1 Chroniques 15:27, tandis que le manteau dont il était ceint était de bouz, apparemment moins fin. (Winer se trompe, I, 167, en affirmant que dans 1 Chroniques 15:27; le bouz a été substitué au bad de 2 Samuel 6:14; dans ce dernier passage, il n'est question que de l'éphod, et dans les deux l'étoffe indiquée est la même, du fin lin, du bad, et non du coton ou bouz.)

  2. Bouz, le byssus des Grecs et des Latins; c'est l'étoffe du manteau de David, 1 Chroniques 15:27; elle se travaillait dans des fabriques juives en Palestine, 1 Chroniques 4:21; c'est le fin lin de 2 Chroniques 2:14, du voile du temple, 3:14, et des lévites-chantres, 5:12. Le même mot se retrouve Esther 1:6; 8:15; Ézéchiel 27:16; cf. Apocalypse 19:8,14; Luc 16:19. Il appartient dans tous les cas à l'hébreu postérieur et a une origine étrangère. Luther l'a traduit soie, de même que shesh. Winer, Gesenius, Parkhurst, Harris (dans son Appendice), et d'autres le rendent par coton, et le font synonyme de l'expression shesh plus ancienne; quelques-uns entendent par bouz exclusivement le coton de l'arbuste, et par shesh celui de l'arbre, ce dernier étant plus commun en Égypte, et l'autre en Syrie, cf. Ézéchiel 27:7; et 16; mais il ne faut pas trop presser ces finesses d'histoire naturelle (— Voir: Coton).

  3. Shesh, étoffe dont fut revêtu Joseph lorsqu'il fut établi gouverneur en Égypte. Genèse 41:42. Le pavillon et ses courtines étaient également de shesh retors, Exode 26:1; 27:9,18, ainsi que les deux pièces de vêtements indiquées 28:39, et la robe dont s'habille la vaillante femme, Proverbes 31:22; Ézéchiel 16:10,13; 27:7; cf. Luc 16:19. C'était une étoffe précieuse dont les riches seuls pouvaient faire usage. Elle est suffisamment déterminée par ce qui a été dit plus haut; ajoutons seulement que le nom de shesh s'appliquait probablement aussi par extension à d'autres étoffes, et notamment au fin lin égyptien, qui pour la douceur et la délicatesse pouvait b<en souvent se comparer au coton, ainsi Exode 39:28; cf. 28:42; Lévitique 16:4 (dans l'original). Il faut remarquer d'ailleurs, que dans plusieurs dialectes de l'Orient un même mot sert souvent encore pour désigner le lin et le coton.

    — Quant à la traduction soie, elle doit être repoussée (— Voir: Harmer), par le fait que ce tissu qui de nos jours est abondant et presque commun, était alors si rare et si précieux qu'il se vendait son pesant d'or, et que l'empereur Aurélien dut en refuser une robe à l'impératrice, qui la lui demandait avec instances; on ne peut donc croire que treize siècles avant lui, aux jours de Salomon, les soieries aient pu être comprises au nombre des objets dont s'occupait l'industrie féminine des Hébreux.

  4. Pishthah ou pishthéh (de pashath, carder), est l'expression propre qui est le plus ordinairement employée dans l'Ancien Testament pour désigner le lin; elle se trouve Exode 9:31; Lévitique 13:47-48,52,59; Deutéronome 22:11; Josué 2:6; Juges 15:14; Proverbes 31:13; Ésaïe 19:9; 42:3; 43:17 (traduction: lumignon); Jérémie 13:1; Ézéchiel 40:3; 44:17-18; Osée 2:5,9.

    — et λένον dans le Nouveau Testament, Matthieu 12:20; Apocalypse 15:6. Cette plante bien connue était cultivée avec beaucoup de succès en Égypte, notamment dans le Delta et aux environs de Pelusium, de même qu'en Palestine: sa tige y atteint encore une hauteur d'un mètre et l'épaisseur du roseau. Les Hébreux s'en faisaient des vêtements, des cordes, et même des mèches ou lumignons, et chacun de ces objets fabriqués pouvait prendre le nom de la substance dont il était fait. Les riches se servaient de bad ou fin lin, dont la plus grande partie venait d'Égypte, tandis que les pauvres se contentaient souvent de lin grossier et non roui. L'étoupe (neoleth) est mentionnée Juges 16:9; Ésaïe 1:31, à moins qu'il ne s'agisse dans ces passages de cette espèce de chaume qui tombe à terre quand on teille le lin, et qui n'est bon qu'à être brûlé.

    — D'après Forster, (De bysso) et Michaélis, le pishthah aurait aussi en hébreu, comme il l'a en copte, la signification accessoire de coton, et ils s'appuient sur ce qu'il est dit, Josué 2:6, que Rahab cacha les espions Israélites sous des tiges qui, selon eux, ne peuvent avoir été que des tiges de coton et non des tiges de lin, mais la preuve manque à cette assertion.

    Enfin il est parlé, Lévitique 19:19; Deutéronome 22:11, d'une étoffe nommée sha'atnez, nom étranger à la langue hébraïque, et que nos versions ont traduit par «de laine et de lin; «il résulte, en tout cas, du contexte, que ces étoffés devaient être un composé, un mélange; mais quelques auteurs pensent qu'il s'agit aussi bien d'une bigarrure de couleurs que d'un mélange de matières différentes,

    Voir: Calmet, ad h. 1, et notre article Accouplements.


LINUS,
2 Timothée 4:21, chrétien inconnu, était, selon quelques-uns, fils de Claudia, dont il est parlé dans le même verset. On veut qu'il ait été évêque de Rome pendant douze ans et quelques mois; mais, selon les uns, il aurait succédé immédiatement à Pierre, qui n'a jamais été dans cette ville; selon les autres, il aurait été évêque de Rome déjà du vivant de l'apôtre; d'où il résulte qu'on ne sait rien de positif, et que la seule chose probable ou possible, c'est que Linus ait été pasteur de ce petit troupeau.


LION.
Ce vaillant et fier monarque des déserts, ce roi de la création sauvage, qui n'a pour rivaux que le tigre et l'éléphant, pour maître que l'homme seul, n'est connu que lorsqu'on l'a contraint d'abdiquer, lorsqu'il n'est plus lui-même, et que sa couronne a été changée en un licol de fer: sa crinière, longue, abondante et fine, flotte alors sur des épaules esclaves; mais son rugissement, qui n'est plus celui de la menace et de la liberté, jette dans l'âme une terreur secrète et involontaire, comme celle du tonnerre qui gronde dans le lointain, qui ne menace plus, et qui ne laisse pas que de remuer et de saisir. Vaincu, il reconnaît son vainqueur, et peut se laisser frapper par une femme ou par un enfant; mais libre il ne reconnaît personne; il règne pour lui-même; sans haine comme sans pitié, inaccessible à la peur, mais sans cruauté, il tue, parce qu'il ne trouve sa vie que dans la mort des autres, mais il ne tue pas pour tuer, il tue pour vivre; on dit l'avoir vu généreux, épargner des victimes, et, moins sanguinaire que le tigre et d'autres animaux carnassiers moins terribles, laisser la vie à ceux dont la mort ne lui était pas nécessaire. «Son extérieur, dit Buffon, ne dément point ses grandes qualités intérieures; il a la figure imposante, le regard assuré, la démarche fière, la voix terrible; sa taille n'est point excessive comme celle de l'éléphant ou du rhinocéros; elle n'est ni lourde comme celle de l'hippopotame ou du bœuf, ni trop ramassée comme celle de l'hyène ou de l'ours, ni trop allongée, ni déformée par des inégalités comme celle du chameau; mais elle est au contraire si bien prise, si bien proportionnée, que le corps du lion paraît être le modèle de la force jointe à l'agilité; aussi solide que nerveux, n'étant chargé ni de chair ni de graisse, et ne contenant rien de surabondant, il est tout nerfs et tout muscles.»

Son caractère participe à celui des contrées qu'il habite; indomptable sous les climats brûlants et dans les déserts qu'il regarde comme son fief naturel, il s'adoucit avec des climats plus doux, et perd de son audace dans les lieux habités, car il sait que l'homme peut le vaincre, et sa force ne tient pas contre l'adresse du Nègre ou du Hottentot, qui souvent l'ose attaquer tête-à-tête avec des armes assez légères, cf. Juges 14, et 1 Samuel 17; aussi l'a-t-on vu se retirer peu à peu là où l'homme avançait, et sa race diminuer à mesure que celle de l'homme augmentait. Les Romains, dit M. Shaw (Voyages, I, 315), tiraient de la Libye, pour l'usage des spectacles, cinquante fois plus de lions qu'on ne pourrait y en trouver aujourd'hui, et la même diminution de quantité a été remarquée en Turquie, en Perse, et dans les Indes; le centre de l'Afrique semble être maintenant la vraie patrie du lion féroce et terrible, et les missionnaires français le comptent au nombre de leurs plus redoutables ennemis (voir en particulier le Voyage d'Arbousset, passim, et plusieurs lettres de Pfrimmer dans le Journal des Missions Évangéliques de 1843). On le trouvait autrefois en Syrie, en Palestine, et jusque sur les bords du Jourdain, Juges 14:8; 1 Rois 13:24; 20:36; Cantique 4:8; Jérémie 5:6; 49:19; 50:44; Zacharie 11:3, mais il a quitté ces contrées et s'est retiré dans les déserts de l'Arabie centrale.

Le lion, qui a selon quelques auteurs cinq cents noms différents en arabe, en a dans l'Écriture six ou sept qui se rapportent soit à son âge, soit aux divers traits de son caractère.

  1. Gour, Genèse 49:9; Deutéronome 33:22; Ézéchiel 19:2, ou gor, Jérémie 51:38; Nahum 2:13, le petit lion qui tette encore.

  2. Képhir, le jeune lion qui est assez grand déjà pour aller à la chasse, Juges 14:5; Psaumes 17:12; 91:13; Proverbes 19:12; Ézéchiel 19:2-3; etc.

  3. Ari ou ariéh, Genèse 49:9; Deutéronome 33:22; Psaumes 7:3; 22:13; Osée 13:7; Michée 5:8; etc., le lion en général, grand et vigoureux, emblème du courage héroïque, 2 Samuel 17:10; Nombres 23:24; Nahum 2:12 (de là Ariel, q.v.).

  4. Shachal (le rugisseur), expression poétique, le lion dans toute sa force et dans toute sa beauté (selon Bochart, d'après une étymologie douteuse, le lion noir dont l'existence est plus douteuse encore, malgré le témoignage d'Ælien et d'Oppien seuls); Job 4:10; 10:16; Psaumes 91:13; Proverbes 26:13; Osée 5:14; 13:7.

  5. Laïsh (le fort), autre expression poétique, peut-être le lion furieux, Job 4:11; Proverbes 30:30.

  6. Labîh (probablement aussi le rugisseur) lion, ou seulement la lionne d'après Bochart: le mot correspondant en arabe n'a que la terminaison féminine, et dans l'Ancien Testament labîh est tantôt joint à ariéh, qui dans ce cas serait le mâle, Genèse 49:9; Nombres 24:9, tantôt accompagné de l'idée de petits, Job 4:11; 39:1, ce qui s'appliquerait aussi mieux à la lionne.

  7. Quelques auteurs enfin, comme Calmet, traduisent encore par lion l'hébreu shachatz, qui emporte seulement l'idée de fierté et doit se prendre dans un sens tout à fait général.

Trois de ces noms se trouvent employés Nahum 2:11-12 (ariéh, képhir et labîh); nos versions les ont bien traduits, à l'exception de labîh qu'elles ont rendu par vieux lions, et, verset 12, vieilles lionnes, et que nous traduisons simplement lionnes; ce sont les habitants de Ninive qui sont, dans ce passage, représentés sous l'image de lions, et la figure est pleine d'énergie. Éliphaz parlant à Job 4:10-11, et voulant lui faire sentir, peut-être d'une manière indirecte, que lui et les siens, d'une manière ou de l'autre, ont probablement fait tort à leur prochain, usé d'exaction, abusé de leurs forces, se sert de l'image du lion et emploie pour le désigner cinq expressions différentes, destinées à comprendre ainsi toute la famille de Job, jeunes et vieux, hommes et femmes. «Le rugissement du lion, dit-il, le cri du rugisseur, et les dents des lionceaux sont brisés; le fort lion a péri faute de proie, et les petits de la lionne sont dispersés.» (Ariéh, képhir, shachal, laïsh, labîh.)

Le vieux Jacob, qui prophétise peut-être sans le savoir la venue du Messie appelé le lion de Juda, Genèse 49:9; cf. Apocalypse 5:5, se sert de trois de ces expressions pour désigner son fils Juda: c'est un faon de lion, un lion vigoureux, une lionne. Ces nuances sont très difficiles à rendre dans nos langues; nous n'avons pas beaucoup de mots pour exprimer des objets rares dans nos contrées et qui ne se retrouvent pas souvent dans la conversation; mais l'hébreu a une force, une beauté toute particulière, et les auteurs sacrés ont tiré un riche parti de tout ce qui rend le lion terrible et effrayant à voir, son regard, sa démarche, son rugissement, ses dents, ses griffes. Le lion a rugi, qui ne craindra? dit Amos 3:8, et il ajoute: le Seigneur a parlé, qui ne prophétisera?

Bochart a consacré quatre-vingt dix pages à la caractéristique du lion, et, malgré quelques erreurs de détail, son travail mérite d'être attentivement étudié à cause de la lumière qu'il jette sur certains passages.


LITS.
Notre système de lits n'est pas connu en Orient, ni en général dans les pays méridionaux; les pauvres couchent sur des nattes, ou revêtus de manteaux, Exode 22:27; Deutéronome 24:13; une pierre leur sert de chevet, cf. Genèse 9:21,23; 28:11, Arvieux, III, 216, Gobat, Séj, en Abyssin.; les plus riches ont des espèces de longs coussins ou de matelas, garnis intérieur-renient de laine ou de coton, que l'on ne met pas dans des bois de lit, mais sur des appuis placés à une certaine hauteur, fixés à la paroi, et qui servent de chaises ou de divans pendant le jour. On ignore si les lits des Hébreux, qui portaient différents noms (miltah, Genèse 47:31; 1 Samuel 19:13; 2 Samuel 4:7; 2 Rois 1:4, mishcab, Exode 21:18; 2 Samuel 13:5; Cantique 3:1, hérès, Job 7:13; Cantique 1:15), étaient en général des lits fixés comme ceux des Orientaux de nos jours, ou bien des lits mobiles; ce dernier cas paraîtrait plus probable par 1 Samuel 19:15, et l'on s'en servait le jour comme de sophas, 1 Samuel 28:23; Ézéchiel 23:41; Amos 6:4; cependant cf. 2 Rois 4:10. Un cadre de lit (en fer) est mentionné, Deutéronome 3:11. Les riches les ornaient de magnifiques tapis, Proverbes 7:16; Ézéchiel 23:41, et ceux qui se couchaient s'enveloppaient eux-mêmes de tapis, et plaçaient sous leur tête pour oreiller une peau travaillée, 1 Samuel 19:13. On croit trouver l'idée d'un hamac dans l'hébreu melounah, Ésaïe 24:20, et l'usage de ciels de lit, Judith 16:23. Les lits dont il est parlé dans le Nouveau Testament étaient mobiles, Matthieu 9:6; Marc 2:4; 6:55; Luc 5:18; Actes 5:15.


LIVRE.
On peut voir, à l'article Écriture, ce qui a été dit sur la forme des livres chez les Hébreux et chez les anciens en général: aux lames de cuivre et de plomb, aux pierres et aux briques, succédèrent bientôt des matières moins dures, du bois et des écorces d'arbres; puis vinrent les feuilles de palmier, puis la Une écorce appelée liber, l'écorce intérieure du frêne, de l'érable, du tilleul. Pour une plus grande facilité de transport, ces écorces furent roulées comme on roule encore chez nous des cartes et des gravures, et ces rouleaux furent appelés en latin volumen, en hébreu megillah. Le papyrus, ou roseau d'Égypte, paya ensuite son tribut à l'art et à la science, et donna son nom à la composition pâteuse qui a été adoptée définitivement pour l'écriture, à notre papier. Les rois d'Égypte, jaloux de leur belle et nombreuse bibliothèque, et craignant que ceux de Pergame ne leur fissent, en les imitant, une redoutable concurrence, défendirent l'exportation du papyrus. Ceux de Pergame, animés d'une noble émulation, ne se laissèrent pas détourner, par cet obstacle, du but qu'ils s'étaient proposé; ils substituèrent au papyrus des peaux travaillées, auxquelles ils donnèrent le nom de leur ville, pergamenum, d'où est venu le nom de parchemin, plus beau, plus solide, plus durable que les feuilles du roseau. Il paraît, d'après Pline, que les anciens écrivaient aussi quelquefois sur du linge; mais le papier fait de linge bouilli et étendu est bien loin de remonter à une époque aussi ancienne; il n'a guère qu'un peu plus de sept siècles de date, quoiqu'on ne puisse déterminer l'époque précise de son invention (— Voir: Montfaucon, Charta bombycina).

Nous renvoyons aux articles spéciaux pour ce qui regarde les différents livres de l'Écriture sainte, et à l'article Bible, où l'on trouvera les noms des livres perdus qui sont rappelés dans l'Ancien Testament.

Les desseins de la volonté divine, et les noms des fidèles élus, sont représentés en divers passages, comme étant inscrits dans le livre de la sagesse éternelle, ou au livre de vie; on peut comparer, sous ce rapport, Exode 32:32; Ésaïe 4:3; Ézéchiel 13:9; Psaumes 69:28; Daniel 12:1; Luc 10:20; Philippiens 4:3; Apocalypse 3:5; 13:8; 20:15; 22:19. Les livres scellés dont il est parlé Ésaïe 29:11; Apocalypse 5:1, ne sont autres que les prophéties d'Ésaïe et de saint Jean.


LOD,
1 Chroniques 8:12; Esdras 2:33; Néhémie 11:35, paraît avoir été habitée parles Benjamites au retour de la captivité. C'est la même ville qui est appelée Diospolis par les Grecs, et Lydde dans le Nouveau Testament, que Pierre visita, et où il guérit le paralytique Énée, Actes 9:32-35. Elle est située à 4 ou 5 lieues est de Joppe, sur le chemin de Jérusalem à Césarée de Philippe. À l'époque de la domination syrienne, elle appartenait à la Samarie, mais en fut démembrée, avec deux autres toparchies, pour être donnée aux Juifs par Démétrius Soter. Réduite en cendres par le général romain Cestius, lors de la dernière guerre des Juifs, elle se releva de ses décombres, et fut quel que temps le siège d'une académie. Ce n'est plus maintenant, sous le nom de Lud ou Lidda, qu'un petit village presque entièrement en ruines, et qu'on aperçoit, à peu de distance de la routa de Joppe à Jérusalem, au milieu d'une forêt d'oliviers.


LODÉBAR.
2 Samuel 9:4-5; 17:27. Situation inconnue, mais probablement au-delà du Jourdain et non loin de Mahanajim: c'est là que demeurait Méphiboseth, fils de Jonathan, lorsque David le fit appeler à sa cour, «pour lui faire du bien.»


LOG,
Lévitique 14:10,12,24, mesure pour les objets liquides, le douzième du hin, équivalent, en conséquence, au contenu de six coquilles d'œufs, d'après les rabbins: c'est la même quantité que le quart du cab dont il est parlé 2 Rois 6:25, qui ne s'employait que pour les objets solides.


LOI.
Le judaïsme est essentiellement une loi, et le Nouveau Testament qualifie souvent de cette manière, soit l'économie elle-même, soit les livres qui en sont les documents, Jean 7:49; 10:34; 12:34; 13:25; 1 Corinthiens 44:21; Hébreux 7:12; 10:1 (prof. S. Chappuis, De l'Ancien Testament dans ses rapports avec le christianisme, p. 71, sq.) Tout, en effet, se résume en lois chez les Juifs, à tel point que le nom même de la Thorah (la loi) était révéré chez eux presque à l'égal du nom de Jéhovah lui-même.

En groupant autour du nom d'Abraham une portion déterminée de la famille de ce patriarche, en faisant de cette famille un peuple, et de ce peuple le dépositaire de la vérité, en leur accordant ainsi des privilèges inappréciables. Dieu leur imposait des devoirs adéquats aux droits qu'il leur concédait. La loi était, en quelque sorte, le prix de leur privilège: bénédictions d'une part, obéissance de l'autre, tels étaient les termes de ce contrat, de cette alliance. De la part des Juifs, tout devait donc aboutir à Dieu; Dieu était leur chef, leur maître, un maître absolu; Dieu était comme la base même de leur nationalité: leur législation devait porter l'empreinte de cette situation exceptionnelle. Israël ne pouvait être ni monarchie, ni république, ni aristocratie; c'était en principe, ce devait être en fait, une théocratie. Le Dieu d'Israël se proclamait l'auteur des institutions politiques, comme celui des institutions religieuses. La charte du pays était le décalogue; toutes les autres lois n'en étaient que le développement. Il n'y avait point là d'Église à côté de l'État, l'État n'était point juxtaposé à l'Église, au-dessus, au dissous, ou au dedans; l'État et l'Église n'étaient qu'un; rien ne les distinguait. Il n'y avait pas un domaine religieux et un domaine politique; on ne pouvait pas plus faire abstraction de l'un que de l'autre. Dieu était roi et souverain sacrificateur; tout se réunissait en lui, comme ces deux ordres d'idées et de choses ne peuvent, en effet, se réunir qu'en lui, sous peine de se compromettre l'un l'autre.

Le monothéisme n'était point une abstraction pour Israël; il se révélait d'une manière patente, visible, extérieure; il portait ses fruits, et se manifestait par des conséquences; il donnait des lois, lui seul, toujours, partout. Quoique les lois mosaïques puissent se diviser en catégories, elles tendaient toutes également vers le même but, comme elles partaient du même principe. Elles avaient pour but de constater le mal, d'opposer à ses progrès une barrière, de le condamner toujours, et de préparer les esprits à l'attente du Messie, qui devait le vaincre, et en détruire les funestes effets.

Le mot loi est pris dans des sens très divers. Il semble désigner d'une manière spéciale le décalogue, Romains 7:7; cf. Matthieu 19:17; Marc 10:49; Luc 18:20. Il désigne les cinq livres de Moïse, Luc 24:44; Jean 7:49, etc. Il se rapportée l'Ancien Testament, comme livre, Luc 4:20; 16:17; Actes 24:14; Romains 2:23; et comme économie, dans presque toutes les épîtres, par opposition à l'économie de la grâce. Ailleurs, il est pris dans un sens spécial pour désigner une loi particulière, Jean 19:7, ou bien encore, il signifie la loi morale, la loi de la conscience gravée dans le cœur, la loi de la morale universelle, Romains 13:8,10. Le péché originel, cette inclination au mal qui est dans nos membres, est appelée une loi, Romains 7:23, la loi du péché. L'économie nouvelle est appelée la loi de la liberté, loi parfaite, loi royale, Jacques 1:25; 2:8,12.

Le décalogue (mot grec qui signifie les dix paroles, cf. Exode 34:28; Deutéronome 10:4) se divise, conformément à la signification de son nom, en dix parties séparées qui, d'après la manière habituelle de les distinguer, portent le nom de commandements, et sont précédées d'une préface ou prologue: «Écoute, Israël, je suis l'Éternel, ton Dieu», etc., Exode 20:2; Deutéronome 5:6. Dans ce cas, le décalogue proprement dit ne commence qu'au verset suivant. Cependant, comme ces tables sont quelquefois appelées «paroles de l'alliance», Exode 34:28; cf. Deutéronome 4:13, etc., et qu'une loi pure et simple qui ne lie qu'une partie, ne saurait être appelée de ce nom, il paraît plus convenable de faire, de ce qu'on appelle ordinairement la préface, la première des dix paroles; elle est, en effet, d'une importance particulière; ce n'est point une simple introduction, ni un simple exposé des motifs, mais une partie intégrante de ce traité d'alliance que Dieu contracta avec son peuple. Supprimez cet article, ou laissez-le dehors, le reste perd toute sa signification. La seconde parole, ou le premier commandement, se composerait alors de ces deux commandements qu'on a si mal a propos séparés, et qui n'en font absolument qu'un seul, relatif à l'adoration de ce Dieu qui est jaloux, et qui a droit de l'être. Depuis la troisième parole, ou second commandement, il n'y a plus de difficultés. L'église romaine, seulement, pour supprimer, sans que ce fût trop sensible, la défense relative aux images taillées, a partagé en deux la dixième et dernière parole.

Voir: Preiswerk, l'Orient ancien et moderne, 1838, numéro de novembre.

On peut diviser le code entier des lois hébraïques, outre le décalogue, en cinq classes ou catégories. Il en est parlé ailleurs en détail; nous ne ferons que les indiquer ici:

  1. Lois relatives au culte et aux cérémonies, comprenant tout ce qui concernait la hiérarchie sacerdotale, les fonctions, le pouvoir, les revenus des prêtres, sacrificateurs et lévites; le lieu de la célébration du culte, les prescriptions relatives aux sacrifices, leur nombre, la valeur des offrandes, l'espèce des victimes, le mode particulier, les cas dans lesquels ils devaient être offerts; enfin, la fixation des fêtes qui devaient être célébrées, et leur organisation.

  2. Lois politiques, militaires et civiles. L'autorité de Moïse, celle de Josué, et celle des juges qui lui succédèrent, étaient dictatoriales; il y avait peu de politique à faire sous un souverain absolu. Mais Moïse, dans le conseil d'anciens dont il s'entoura, jetait déjà le germe du libéralisme, et cette, assemblée, d'abord modeste, devint plus tard le grand sanhédrin. La loi prévoyait la royauté. Elle renfermait quelques dispositions fiscales touchant l'impôt, les amendes, les rachats pécuniaires et la capitation; il n'est pas probable qu'il y eût, pour le culte et pour l'État, deux trésors séparés.

    — Tout Israélite de vingt ans était soldat, sauf les exceptions prévues par la loi. La guerre était supposée, parfois ordonnée; mais elle est toujours considérée comme souillant l'homme; le soldat ne peut rentrer dans ses foyers avant de s'être purifié. Les prescriptions de Moïse offrent, sous ce rapport, un singulier mélange: on y voit, à côté de l'ancien droit des gens, barbare et reculé, l'esprit d'humanité et de douceur que devait apporter sur la terre la religion divine. Souvent tous les ennemis doivent être passés au fil de l'épée; d'autres fois, Moïse s'occupe avec sollicitude du sort des captives, et défend qu'on touche aux arbres fruitiers des villes assiégées.

    — Les lois civiles sont, avant tout, des lois agraires dans le vrai sens du mot. Moïse veut changer une horde, une tribu nomade, en un peuple sédentaire et agricole; tout converge vers ce but; il n'y aura pas de pauvres dans le pays, Deutéronome 15:4; les terres sont distribuées par le sort entre les familles, proportionnellement au nombre de leurs membres, et cela d'une manière défini-live que ne modifieront point les ventes temporaires qu'en pourraient faire leurs premiers possesseurs, Nombres 26:53; Lévitique 25:23. De là l'institution du jubilé; de là encore la loi du lévirat, la loi sur les héritages, les lois sur les dettes, la difficulté pour les étrangers d'obtenir le droit de cité, etc. Les mariages mixtes (avec des païens) et les mariages incestueux étaient sévèrement interdits; la polygamie est tolérée, mais réglée et gênée; le divorce est toléré, mais dans des conditions qui le rendent difficile. Il est pourvu au sort des étrangers; ils ne font point partie de l'assemblée de l'Éternel, mais ils seront traités humainement; des distinctions sont faites entre les uns et les autres, Deutéronome 23:3; sq. 25:17. La loi règle encore les rapports des maîtres avec les esclaves, et proclame d'une manière absolue l'autorité des pères sur les enfants, ne réservant à la justice que le droit de vie et de mort.

  3. Lois morales. Elles forment le code le plus parfait qui ait jamais été donné à aucun peuple: il suffit de lire Exode 21-23, Lévitique 19, Deutéronome 15:24-25. Il est pourvu au sort de la veuve, de l'orphelin, du lévite, du pauvre, de l'étranger, de l'esclave; (lu ne livreras point l'esclave échappé, mais tu le traiteras avec bonté). Moïse se préoccupe même des animaux, des nids d'oiseaux, etc.

  4. Lois sanitaires. Elles sont présentées comme des lois de pureté, et tendaient indirectement à rappeler la pureté morale intérieure que Dieu exige de ceux qui le servent. Mais elles sont réellement toutes calculées sur l'ardeur du climat de l'Orient, sur la nécessité d'une propreté constante, sur le danger de certains aliments, sur la fréquence des maladies de la peau, et surtout de la lèpre, sur le vif et dangereux penchant des Orientaux pour la volupté, etc. On comprend, dans cette classe:

    1. les lois relatives à la distinction des animaux purs et impurs, lois alimentaires;

    2. celles qui tendaient à préserver les Hébreux de la lèpre, à constater le mal, etc.;

    3. toutes celles qui traitaient des ablutions, purifications et autres cérémonies destinées à effacer les souillures, physiques ou légales, que pouvaient avoir contractées, volontairement ou involontairement, hommes et femmes, telles que le contact d'un cadavre, etc.

      — La propreté était une religion.

  5. Lois judiciaires et pénales. Elles étaient remarquables par leur grande douceur. Les législations antiques n'ont jamais approché d'une perfection semblable; les modernes n'ont pas fait mieux. L'accusé était entouré de foutes les garanties désirables. Un témoin ne suffisait pas pour une condamnation à mort; les faux témoins étaient épouvantés; les témoins véritables étaient même retenus par la crainte de devoir servir de bourreaux si leur témoignage entraînait la peine de mort, Les jugements étaient publics et oraux, habituellement sommaires, toujours sans frais. Les villes de refuge offraient un sûr asile aux meurtriers involontaires. La question, la torture, ces raffinements de la justice sacerdotale du moyen âge, étaient inconnues; les épreuves (le sacrifice de jalousie) étaient innocentes en elles-mêmes. Les peines étaient à la fois modérées et proportionnées aux délits; le talion pouvait être prononcé par le juge. Les crimes commis contre Dieu, contre la religion, l'idolâtrie, le blasphème, la violation du sabbat, étaient punis de mort, et cette sévérité n'étonne que lorsqu'on oublie que le Dieu des Juifs n'était pas un être de convention, mais la vérité même, et le roi souverain auquel tout le peuple devait rendre une obéissance absolue. Les crimes contre les mœurs étaient aussi sévèrement punis.

    Voir: articles spéciaux.

    Ce rapide aperçu, cette aride nomenclature, suffit cependant à rappeler d'une manière générale les détails qu'on a lus ailleurs, il est impossible de n'être pas frappé de deux choses: d'un côté Moïse fait des concessions à l'esprit de son temps, de l'autre il lui résiste et le fronde avec une énergie surprenante. Cette apparente contradiction dans le système provient de ce que, si Moïse veut isoler les Hébreux des nations voisines, il sait qu'il ne pourra pas les isoler d'eux-mêmes. Il commence d'abord par couper les communications avec l'ennemi, puis il le combat à l'intérieur, et il compte pour cela non sur une destruction immédiate, mais sur le temps, sur ces moyens dilatoires, sur ces réserves nombreuses, sur ces gênes cachées qu'il introduit partout, et qui d'abord ne paraissent pas avoir une grande portée. Cependant le père ne tuera pas son enfant, parce qu'il faut que ce soit la mère de l'enfant qui l'accuse, les voisins qui le tuent; le divorce demandé n'aura pas lieu, parce que le mari ne sait pas écrire; le meurtrier involontaire est livré au vengeur du sang, mais il ne mourra point, les villes de refuge sont là, et bientôt il se sera mis à couvert.

    On a été trop loin dans les deux sens, les uns en prétendant que la législation hébraïque avait été calquée d'après les autres législations alors existantes, que Moïse pouvait avoir étudiées; les autres en niant d'une manière absolue toute influence des lois de l'Égypte, sanitaires et autres, sur telle ou telle partie des prescriptions mosaïques. Tout ce recueil est divinement inspiré, mais la personnalité de Moïse se montre partout, ses souvenirs, ses expériences, ses impressions. Il importe peu, d'ailleurs, que Moïse ait ramené d'Égypte ses prescriptions contre la lèpre, et l'interdiction de la viande de porc, si l'Esprit lui a révélé ces mesures comme bonnes à conserver. Il importe peu que des lois agraires, qu'une caste sacerdotale, aient été établies à l'imitation de l'Égypte, si Dieu a montré à Moïse que c'était provisoirement ce qu'il y avait de mieux à faire pour la formation et le développement de la nationalité juive. Moïse a suffisamment montré, cf. Lévitique 18:3, qu'il n'entendait point faire une copie du paganisme, et l'esprit de sa législation porte assez le caractère de l'indépendance, pour qu'à cet égard il ne soit pas suspect, même lorsqu'il paraît emprunter. Les absurdités de Bolingbroke et de Voltaire sous ce rapport, se réfutent d'elles-mêmes. Ce qu'ils ont dit de plus sérieux se rapporte à cet isolement national que Moïse établit, à ce cordon sanitaire dont il entoure son jeune peuple, à ce particularisme étroit qu'il prêche et qu'il commande. En théorie, le reproche est fondé; Dieu a fait d'un même sang tout le genre humain: qui comprend l'humanité perd peu à peu l'idée de la nationalité; mais en pratique le peuple juif était non seulement un peuple à part, mais un peuple mis à part, choisi, élu de Dieu dans un but spécial, une exception dans le monde, et son histoire n'a que trop bien montré combien les barrières de la loi étaient même insuffisantes pour le préserver du mal. Le reproche d'ailleurs aurait une plus grande portée si, en lui imposant le particularisme, Dieu avait aussi imposé à son peuple l'égoïsme; mais bien loin de là, les étrangers peuvent s'établir sur ce territoire d'Israël, partout ils sont recommandés à la bienveillance publique, et lorsqu'ils jouissent de tous les avantages, ils n'ont pas même à supporter toutes les charges.

    On peut consulter utilement sur ce qui fait l'objet de cet article, E, de Bonne-chose, Hist. sacrée, p. 125, sq.; Cellérier, Esprit de la Législ. Mos., deux vol.; les ouvrages plus spéciaux de Pastoret (Paris 1817) et de Salvador (Paris 1828), et la dissertation du prof. S. Chappuis, citée plus haut (Lausanne 1838); en allemand on a les ouvrages classiques de De Wette (Archæologie), Tholuck (Beil. zum Hebræerbrief), Bæhr (Symb. des Mos. Cultus), et quelques travaux de Nitsch, Sack, Hengstenberg, Twesten, Néander, dont la portée est tout à la fois dogmatique et scientifique.

    Le Nouveau Testament nous apprend à considérer la loi sous un double point de vue. Elle était caduque et périssable, dans ce qu'elle avait de particulier, de spécial, de local; elle était faite pour un temps, pour un peuple, pour un pays. D'un autre côté elle est éternelle dans ce qui en fait l'idée fondamentale, et Jésus n'est point venu pour l'abolir, mais pour l'accomplir. Avant Jésus, elle servait d'instituteur, de pédagogue, pour conduire les hommes, par le sentiment de leurs péchés, au Messie qui devait apporter le salut. Depuis Jésus, elle subsiste, mais gravée sur les tables charnelles du cœur. On peut la considérer, soit comme le fondement caché en terre sur lequel s'élève l'édifice de l'Église chrétienne, soit comme l'échafaudage qui a servi à son élévation, échafaudage qui n'a plus maintenant aucune valeur. On peut la considérer comme le commencement de l'œuvre que Jésus est venu unir, ou comme un système provisoire qui n'était là qu'en attendant, occupant et préparant le lieu pour le Sauveur. Les deux points de vue ont leurs défenseurs; les uns et les autres ont raison; la loi est tout ensemble un fondement et un échafaudage; cette double idée se rencontre partout dans le Nouveau Testament. On ne saurait en dire autant de ceux qui voient un antagonisme réel entre la loi et la grâce; c'est aller trop loin, au moins dans la forme de l'expression. Le chrétien n'est sans doute plus sous la loi, mais c'est qu'il est devenu loi à lui-même. Rien ne lui est plus défendu, mais l'Esprit qui est au dedans de lui, et qui ne parle pas deux langages, lui sert de règle et de loi. Quant à celui qui n'est pas converti, comme il n'a pas l'Esprit, comme il n'est pas sous la grâce, il reste sous la loi, et les difficultés pratiques qu'on a soulevées sur cette question, sont d'une solution facile dès qu'on se place à ce point de vue. Ces questions, du reste, appartiennent à la dogmatique.


LOT,
fils de Haran et neveu d'Abraham, Genèse 11:27, accompagna son oncle d'Ur et de Caran en Canaan, et partagea d'abord sa vie nomade dans les contrées méridionales de la terre promise, 11:31; 12:4; mais, comme l'un et l'autre avaient de grands troupeaux, et que leurs bergers se querellaient souvent au sujet des puits et des citernes du désert, ils durent se séparer, et Lot choisit pour demeure la verte et riante vallée de Sodome, arrosée par les flots du Jourdain, 13:11 (1920 avant J.-C.). Quelques années après, le roi de Sodome ayant été attaqué et pillé par Kédor-La-homer, et Lot fait prisonnier avec tous les siens, Abraham vint au secours des vaincus, les délivra et leur rendit à tous, et à son neveu en particulier, les biens dont ils avaient été dépouillés. Lot continua dès lors d'habiter Sodome; il y fiança ses filles, et vivait en plus ou moins bonne harmonie avec ses impies et impurs voisins, lorsque deux anges vinrent, et l'engagèrent à fuir le feu du ciel qui allait fondre sur la ville. On connaît l'accueil hospitalier qu'il fit à ces messagers du ciel, bien qu'il ne les connût pas, et le dévouement lâche et faible par lequel, pour sauver ses hôtes de l'opprobre, il offrit ses propres filles à la brutalité de ses concitoyens. Le lendemain, de bonne heure, réveillé par les anges, il part, sous leur protection, avec sa femme et ses deux filles, laissant en arrière les époux de celles-ci, que leur incrédulité avait aveuglés, comme le reste des Sodomites, sur les malheurs qui leur étaient divinement annonces. Toute la plaine devait être engloutie, et les fuyards devaient se rendre sur la montagne de Tsohar; mais, sur leur route, se trouvait la ville de Bélah, petite, et par cela même peut-être moins corrompue que les autres; Lot demanda qu'elle fût épargnée, afin qu'elle pût lui servir de retraite, et sa prière fut exaucée. C'est de Bélah, devenue Tsohar, qu'il put contempler l'affreux spectacle d'une plaine entière détruite par le feu et le soufre; mais déjà sa femme n'était plus avec lui: ménagère, peut-être avare, peut-être incrédule, et, dans tous les cas, désobéissante aux ordres célestes, elle s'était retournée, et elle avait péri. Après un séjour dont la durée n'est pas déterminée, mais qui ne fut, sans doute, pas bien long, Lot et ses filles quittèrent Bélah, et se réfugièrent sur la montagne voisine de Tsohar pour y demeurer. La solitude pouvait convenir au vieillard, veuf, sans fils, dépouillé de tous ses biens, et témoin récent d'un déluge de feu, vengeur de l'immoralité d'une plaine dépravée; mais ses filles, plus frappées que lui de la destruction de leurs villes et de leur isolement présent, faisant vivre et périr le monde tout entier avec le monde de leur vallée, privées de leurs époux avant de les avoir possédés, condamnées, selon toute prévision, à un célibat perpétuel, et bien instruites dans le mal par les leçons de Sodome, enivrèrent leur père (singulier, mais touchant témoignage rendu indirectement à la pureté de ses mœurs), et l'entraînèrent au crime; c'est de ce double inceste que sortirent les Moabites et les Hammonites. Cette tache est le dernier trait que l'Écriture nous rapporte de la vie de Lot; mais le nom de ce patriarche est rappelé ailleurs comme celui d'un juste, honorable devant Dieu, 2 Pierre 2:7; cf. Luc 17:28,32; Deutéronome 2:9,19; Psaumes 83:9.

Quel a été le crime de la femme de Lot, et quel a été son châtiment? La concision de l'écrivain sacré autorise l'interprétation littérale, mais ne l'exige pas: «La femme de Lot regarda en arrière, et elle devint une statue (ou un monument) de sel.» On peut croire, et même traduire sans faire violence au texte, qu'elle resta en arrière, qu'elle retourna peut-être, se confiant en ce qu'avaient dit les anges, que le malheur ne commencerait que lorsque Lot et les siens seraient arrivés à Tsohar, et qu'elle fut surprise dans ses délais, ses lenteurs et ses regrets. Quant à sa mort, une quantité d'opinions et de fables se sont fait jour. La statue de sel a pour elle la lettre, quoi qu'on en dise, et l'ancienne tradition: le sel pouvant se prendre pour sel de roche, on ne peut pas objecter qu'elle a dû se fondre tout entière aux premières pluies, comme aussi rien n'indique qu'elle ne se soit pas fondue. Toutefois, le texte peut se traduire dans un sens plus large, et la tradition ne mérite guère de confiance à cause de son caractère exagéré. La statue a été vue, dit-on, par beaucoup de voyageurs; mais ils ne sont pas d'accord sur sa position, les uns la plaçant au nord, les autres au midi, à l'orient ou à l'occident; ils auront pris pour statue de la femme de Lot quelqu'une de ces créations bizarres de la nature, comme on en rencontre en divers lieux, et qui affectent tantôt une forme, tantôt une autre. Ce rocher de sel conservait, selon eux, toutes les infirmités féminines: il pleurait en certains temps, et il avait ceci de singulier, qu'il conservait toujours la même grandeur, quoiqu'on en arrachât souvent des morceaux pour souvenir et par curiosité. D'autres auteurs pensent qu'il faut entendre que la femme de Lot étant retournée en arrière (elle périt et) devint un monument de sel (éternel, impérissable) du courroux divin contre les rebelles et les incrédules; d'autres encore, qu'elle fut étouffée, et que, par l'abondance des matières salines renfermées dans l'air et dans le sol, son corps fut comme pétrifié ou embaumé, de manière à ne pouvoir être atteint par la corruption, comme cela arrive des corps qui sont soumis à l'action des flots de la mer Morte, ou d'une source pétrifiante quelconque. D'autres, enfin, ne prennent que l'idée générale du verset: la femme de Lot resta attachée au sol, morte et sans mouvement; mais c'est l'explication qui se justifie le moins, bien qu'elle renferme pour nous la même leçon d'obéissance à la parole du maître.

t'éblouissement dont furent frappés les Sodomites, et qui sous bien des rapports était une conséquence presque naturelle et souvent observée de débauches pareilles aux leurs, peut être comparé à celui dont Dieu frappa les soldats syriens descendus vers Élisée, 2 Rois 6:18; cf. aussi Jean 8:59; 10:39.


LOUP.
Cet animal, bien connu dans nos climats, l'est également en Orient, où son nom rappelé comme chez nous des idées de voracité, de violence et de lâche cruauté: c'est aux brebis surtout qu'il se rend redoutable, c'est à la poursuite des faibles qu'il s'attache, Matthieu 7:15; 10:16; Luc 10:3; Jean 10:12; Actes 20:29. Il est représenté comme altéré de sang, Ézéchiel 22:27, et les principaux d'Israël lui sont comparés pour leur avidité. Ses déprédations nocturnes l'ont peut-être fait appeler loup du soir, Habacuc 1:8; Sophonie 3:3; Genèse 49:27; Jérémie 5:6, quoique selon quelques auteurs (les Septante) il faille traduire loup d'Arabie, ce qui n'est guère probable. La prophétie nous annonce pour l'époque messianique, qu'alors on verra paître dans les mêmes pâturages, le loup et l'agneau conduits par un enfant, promesse que l'on prend assez généralement dans un sens purement symbolique en la rapportant à la réconciliation des Juifs et des païens, des fidèles et des infidèles, mais qui paraît se rapporter d'une manière plus entière aux jours à venir où le Seigneur Jésus, régnant lui-même sur la terre, soumettra au même sceptre les hommes et toute la nature, Ésaïe 11:6; 65:25. Benjamin est appelé par le vieux Jacob un loup qui déchire, Genèse 49:27; les interprètes caldéens entendent cette figure du grand nombre d'holocaustes qui étaient continuellement offerts sur l'autel de Jérusalem, ville de Benjamin; d'autres la rapportent à la violence des Benjamites, Juges 21, d'autres encore à Ehud, à Saül ou à saint Paul, qui appartenaient à cette même tribu.

Le nom hébreu du loup est zeéb, dont on a cru trouver la racine dans l'arabe zaab ou daaba (effrayer), et d'où dériverait peut-être aussi l'allemand dieb, l'anglais thief.


LUC
(abrégé pour Lucain, comme Silas pour Sylvain), l'auteur de l'Évangile et des Actes, était d'après Eusèbe, Jérôme et Nicéphore, natif d'Antioche en Syrie, et médecin de profession. Juif de religion, mais païen par sa naissance (cf. Colossiens 4:14; 2 Timothée 4:11), il avait une culture lettrée qui se montre soit par la pureté de son style, soit par quelques réminiscences des profanes. On ignore comment il vint à la connaissance de la vérité, mais on peut croire que ce fut par le ministère de saint Paul, dont il fut toujours l'ami et le compagnon de travail. Parmi les traditions, il en est qui le font ami de la Vierge, vierge lui-même, peintre, l'un des soixante-dix disciples, et le compagnon de Cléopas sur la route d'Emmaüs; c'est possible comme sont possibles toutes les choses dont on ne sait rien, mais c'est peu probable, et notamment sa mission au nombre des soixante-dix disciples paraît contredite par Luc 1:1-3; c'est encore moins probable, s'il est vrai qu'il fût d'origine païenne: on ajoute qu'après avoir entendu les enseignements du Christ, il s'en détourna, scandalisé des paroles du maître: «Celui qui ne mange pas ma chair et ne boit pas mon sang, n'est pas digne de moi;» mais il revint plus tard à la foi, à la suite d'une prédication de saint Paul. Son histoire ne commence pour nous qu'au voyage de Troas, Actes 16:10, probablement le premier qu'il fit avec l'apôtre, car ce n'est qu'alors qu'il commence à parler à la première personne; il suit Paul à Philippes dans la maison de Lydie, et paraît avoir séjourné quelque temps dans cette ville, malgré la persécution qu'y essuyèrent Paul et Silas; nous l'y retrouvons encore plusieurs années après, Actes 20:6. Il reprend alors avec l'apôtre le cours de ses voyages, et l'accompagne par Troas, Assos, Mitylène, Rhodes, Tyr, et Césarée, à Jérusalem, Actes 21:15, ou il resta probablement jusqu'au départ de Paul pour Rome, 27:1. Fidèle à son ami, Luc partagea tous les dangers et toutes les fatigues de cette périlleuse navigation; et, arrivé au terme du voyage, il continua de lui donner ses soins et demeura au moins quelque temps avec lui, comme on le voit par la mention qui en est faite deux épîtres écrites de cette ville, Philémon 24; Colossiens 4:14; enfin dans le moment suprême, lorsque Paul écrit sa dernière épître, son testament, il peut dire: «Luc est seul avec moi.» 2 Timothée 4:11. C'est ici que s'arrêtent les indications de l'Écriture sur l'histoire du pieux médecin, du modeste et constant ami de saint Paul; la tradition ne fournit que des données incertaines sur le reste de sa vie et sur, sa mort. Saint Jérôme le fait mourir à l'âge de quatre-vingt-quatre ans; d'après Épiphane, il aurait prêché l'évangile en Dalmatie et dans les Gaules, et d'après Nicéphore il aurait souffert le martyre en Grèce. Les pères de l'Église lui connaissaient déjà passablement de tombeaux, à Thèbes, en Béotie, en Bithynie, à Éphèse, à Élée, dans le Péloponèse, etc.; on sait l'estime qu'on devra faire de ces reliques.

C'est probablement à Rome, avant la rédaction des Actes, et par conséquent dans les deux premières apnées de son séjour, que Luc aura écrit l'évangile auquel la tradition unanime a donné son nom. On le conclut de ce que les deux ouvrages sont adressés à la même personne, Théophile (q.v.), qui était Romain, et dont saint Luc avait sans doute fait la connaissance à Rome même; l'auteur entre dans beaucoup de détails sur la géographie et l'archéologie juives, qu'il paraît supposer peu connues de son lecteur, tandis qu'il passe en courant et sans explications ni indications aucunes, sur tout ce qui regarde la topographie de l'Italie, comme étant trop connu pour qu'il faille caractériser ou préciser: arrivé au séjour de Paul à Rome, le narrateur s'arrête et ne dit presque rien des épreuves, de l'action et de la vie de Paul, ce qui n'eût pas manqué d'intéresser les lecteurs de Jérusalem si Luc eût écrit pour eux, mais ce qui était aussi superflu pour des lecteurs romains qui étaient autant que Luc au courant des affaires de Paul. Nous avons parlé des Actes à leur article; quant à l'évangile, bien qu'il ait assez de rapports avec ceux de Matthieu et de Marc déjà composés, pour que l'on puisse apercevoir l'usage que Luc en a fait, il diffère de l'un et de l'autre par une tendance éminemment catholique, générale, universelle. Saint Marc est à cet égard sans caractère bien prononcé, bien qu'il ait été écrit sous l'influencé de saint Pierre; mais l'évangile de Matthieu porte le cachet juif à chaque passage, tandis qu'on trouve dans saint Luc le caractère de Paul, le Christ de l'humanité, l'alliance de Dieu avec la terre toute entière. On aperçoit déjà cette différence dans leurs généalogies du Sauveur, Matthieu faisant remonter les ancêtres de Jésus jusqu'à Abraham, le père des Juifs, Luc les comptant jusqu'à Adam, le père des hommes; Matthieu ne parle que des douze apôtres représentants des douze tribus, tandis que Luc y joint les soixante-dix disciples représentants de l'humanité; Matthieu insiste partout sur le caractère juif du Messie, Luc sur son caractère humain, évitant de raconter ce qui aurait pu faire de son œuvre une œuvre particulière, une mission juive. Saint Luc a aussi dans la forme, quelque chose de plus intime, de plus affectueux, son Messie est plus un Sauveur qu'un Roi; il raconte volontiers ses conversations plutôt que ses discours, et fait parler les interlocuteurs, enregistrant leurs questions et leurs réponses; il s'attache aux détails, il raconte la naissance de Jean-Baptiste et celle du Sauveur, le premier entretien de Jésus dans le temple, la résurrection du jeune homme de Naïn, l'envoi des soixante-dix, la parabole du Samaritain miséricordieux, l'histoire de Marthe et Marie, la guérison des dix lépreux, la visite de Jésus à Zachée, la conversion du brigand sur la croix, la rencontre qui eut lieu sur le chemin d'Emmaüs; il donne un récit circonstancié et suivi d'un grand voyage missionnaire de Jésus, et parle souvent de la miséricorde divine et de l'efficacité de la prière.

L'authenticité de cet évangile n'a guère été contestée, et même les hérétiques anti-mosaïques, tels que Marcion, l'ont reconnue, comme cela était assez naturel à cause de sa tendance anti-judaïque, tandis qu'ils rejetaient les trois autres évangiles; mais encore l'ont-ils tronqué en plus d'un endroit, comme l'ont remarqué Tertullien et Épiphane, partout où les paroles du Messie étaient en désaccord avec leurs vues exagérées sur la loi et l'Ancien Testament, (— Voir: Olshausen, uber die Evang.)

Les Actes des apôtres sont la suite immédiate et naturelle des Actes du maître; saint Luc les a écrits sans doute peu de temps après son premier ouvrage, et a réuni l'un à l'autre par le court avant-propos qui est en tête du second livre.

Outre ces deux ouvrages, on a attribué à ce disciple la composition de l'épître aux Hébreux, q.v., ainsi que celle d'autres écrits que nous ne possédons plus.


LUCHITH.
Ville des Moabites, Ésaïe 15:5; Jérémie 48:5; suivant Eusèbe et saint Jérôme, elle était située dans une contrée montagneuse, entre Aréopolis et Tsohar, et portait encore de leur temps son ancien nom.


LUCIUS
de Cyrène, prophète et docteur de l'Église d'Antioche en Syrie, Actes 13:1, et parent de Paul, Romains 16:21; selon quelques auteurs, il aurait été l'un des soixante-dix disciples. Origène, Calmet, et d'autres encore, distinguent deux Lucius, et croient que celui dont il est parlé dans les Romains est le même que saint Luc l'évangéliste; mais rien ne justifie cette opinion, le nom de Lucius n'était pas de nature à être abrégé, et si Luc est une abréviation, il dérive de Lucain et non de Lucius; d'ailleurs au moment où Paul écrivait de Corinthe aux Romains, Luc n'était pas avec lui, mais plutôt à Philippes, Actes 20:2,6; de plus, si Luc est appelé compagnon d'œuvre de saint Paul, Philémon 24, Lucius n'est appelé que son parent, dans l'épître aux Romains, où il eût pu être appelé son compagnon d'œuvre comme l'est Timothée; enfin pourquoi Paul caractériserait-il la même personne de deux manières si différentes dans le passage des Romains, et Colossiens 4:14?


LUD, et Ludim,
le pays, et Ludim, les habitants.

  1. Genèse 10:13, le premier des descendants de Mitsraïm, nommé à côté de Put frère de Mitsraïm, Ézéchiel 27:10; 30:5; ils font la guerre au service des Tyriens, et Jérémie 46:9, à la solde des Égyptiens: Ésaïe les appelle gens tirant de l'arc, 66:19, c'est pourquoi Bochart les prend pour les Éthiopiens qui, selon les anciens auteurs (Hérodote 7:69), avaient pour arme principale un arc de 4 aunes de longueur, au moyen duquel ils tiraient des flèches courtes, munies de pierres aiguës. Cependant leur demeure ne peut être déterminée avec parfaite certitude; Michaélis compare les Luday, sur la côte occidentale de l'Afrique au sud de Maroc, et le fleuve Laud qui coule vers la Tingitane (Tanger); cette opinion, et celle de Hitzig, qui voit dans les Ludim les Lybiens, sont moins probables que celle de Bochart, adoptée par Calmet, Winer, Dahler, Preiswerk (Morgenl.), Schrœder, etc.

  2. Genèse 10:22, peuplade sémite nommée entre Arpacsad et Aram, selon toute probabilité les Lydiens (Flavius Josèphe, Eusèbe, saint Jérôme, Bochart, Calmet, Winer, etc.). La Lydie, royaume célèbre sous Crésus, est une province de l'Asie Mineure; Sardes en était la métropole, et l'on y trouvait encore Éphèse et Smyrne.


LUNATIQUES,
Voir: Possession.


LUNE.
Ce grand luminaire fut créé au quatrième jour pour dominer sur la nuit, et pour servir de signe pour les saisons, les jours et les années, Genèse 1:16. Servante de la terre, elle fut bientôt érigée en maîtresse et reine du ciel par l'idolâtrie; on lui attribua une puissante influence sur la fécondité du sol et sur le sort des hommes, et dans les siècles de la plus haute antiquité elle était déjà l'objet d'un culte impie,

Voir: Job 31:26.

Les Égyptiens l'adorèrent d'abord sous le nom d'Io, et plus tard sous celui d'Isis; et les Israélites malgré la défense formelle de la loi, Deutéronome 4:19; 17:3, lui firent aussi des offrandes, Jérémie 8:2; 19:13; 2 Rois 21:3, qui consistaient principalement en encensements, en libations et en gâteaux de miel ayant la forme de croissants, Jérémie 7:18; 44:17,19; cf. Hérodote 8:41. La lune comptait aussi des adorateurs en Arabie (Bochart, Phaleg 2, 19); les Romains lui rendaient un culte sous le nom d'Hécate, la même que Diane, avec cette seule exception que Diane était chaste, tandis que la première était réputée pour ses aventures galantes. Macrobe, dans ses Saturnales, affirme que pour sacrifier à la lune les hommes se déguisaient en femmes et les femmes en hommes, et Maïmonides croit que c'est une des raisons pour lesquelles Dieu avait défendu aux Juifs ce double travestissement. Sur les rapports de la lune avec Astarté,

Voir: Banal et Caldée.

Quant à la reine des cieux dont parle Jérémie, 44:18, il paraît, malgré l'opposition de quelques savants (— Voir: Gesenius), que c'est de la lune qu'il est question, et non point de la brillante planète de Vénus, ou de l'armée des cieux en général. Le passage, Psaumes 121:6, semble se rapporter à l'influence maligne, ou réputée maligne, de la lune sur ceux qui dorment en plein air, sous le ciel pur et serein de l'Orient, ou sur la vue de ceux qui la fixent trop souvent lorsqu'elle brille de tout son éclat. «L'astrologie naturelle, dit Calvin, montrera bien que les corps d'ici-bas prennent quelque influxion de la lune, parce que les huîtres se remplissent ou se vident avec icelle; pareillement, que les os sont pleins de moelle ou en ont moins selon qu'elle croit ou diminue.» Dans tous les cas, et quoi qu'il en soit, le psalmiste annonçant que le soleil ne donnera pas sur l'homme pieux de jour, ni la lune de nuit, parle le langage de son pays et de son temps, et veut indiquer d'une manière générale, qu'il sera préservé de tout accident fâcheux, de toute influence malveillante, soit que cette influence existe, soit qu'il y crût lui-même, soit qu'il eût simplement égard à une certaine crainte populaire mais indéterminée, comme le sont presque toutes les superstitions, soit enfin qu'il eût le pressentiment de cette nouvelle terre où il n'y aura plus ni jour ni nuit.

— L'obscurcissement du soleil et de la lune (et il n'est pas nécessaire d'entendre par là des éclipses), est fréquemment indiqué comme devant accompagner de grands événements, la chute de l'empire assyrien, de Babylone, et la fin du monde, Ésaïe 13:10; 24:23; Ézéchiel 32:7; Joël 2:10; 3:15.

Les Juifs célébraient les nouvelles lunes; c'étaient des jours de fête et de repos qui avaient leur place au commencement de chaque mois, l'année juive étant supputée en mois lunaires; elles étaient en quelque sorte des sabbats de mois, comme le samedi était le sabbat de la semaine. Les Juifs se reposaient alors de leur travaux, et consacraient en entier ces jours au service de Dieu. On offrait au sanctuaire des sacrifices spéciaux, Nombres 10 et 28:11-15; cf. 1 Chroniques 23:31; 2 Chroniques 2:4; 8:13; 31:3; Esdras 3:5; Néhémie 10:33; le peuple se rassemblait en assemblée solennelle, Ésaïe 1:13; Ézéchiel 46:1, et les sacrificateurs sonnaient des trompettes sur les holocaustes, Nombres 10:10; cf. Psaumes 81:4. On faisait des banquets sacrés, et l'on se réjouissait d'une sainte joie; un festin avait lieu à la cour de Saül, 1 Samuel 20:5,24, et les plus pieux cessaient de jeûner; il n'y avait ni travail ni commerce, Amos 8:5; Néhémie 10:31. On faisait la lecture de la parole de Dieu, 2 Rois 4:23. Cette fête, à cause de son importance, et peut-être aussi à cause de son analogie éloignée avec le sabbat, est souvent nommée à côté du jour du Seigneur, 2 Rois 4:23; Amos 8:5; cf. Osée 2:11; Colossiens 2:16. Chaque septième néoménie (nouvelle lune), comme le sabbat d'une semaine de mois, était célébrée d'une manière plus solennelle, avec un holocauste de plus; c'était un mémorial de jubilation, Lévitique 23:24; Nombres 29:1.

— Tacite (Germ. 11), et d'autres auteurs parlent d'un usage pareil chez quelques peuples de l'antiquité, de prières adressées à la nouvelle lune, et de festins joyeux, célébrés le jour où le sacrificateur chargé de cet office annonçait publiquement que la reine des cieux recommençait à croître; il ne s'agissait évidemment pas de la détermination mathématique de la conjonction de la lune et du soleil, mais de la phase apparente et du croissant visible.

— Les Juifs modernes n'ont pas abandonné cette tradition de la loi, mais ils n'interrompent pas pour cela leurs travaux ni leurs affaires; les femmes seules ne font rien ce jour-là: le soir après le renouvellement de la lune, dès qu'ils aperçoivent le croissant, ils se rassemblent pour faire une prière à Dieu, dans laquelle ils rappellent créateur des planètes, et restaurateur de la nouvelle lune; ils font en même temps une commémoration de David, et se séparent après s'être salués.


LUZ, ou Béthel,
ancien nom de Béthel (q.v.), Genèse 28:19; 35:6; Josué 18:13; Juges 1:23, située sur les frontières de la tribu de Benjamin, mais sans qu'on en puisse déterminer la position. C'est la famille de Joseph qui la conquit après l'avoir fait explorer; une famille de Luzites ayant été épargnée dans le massacre général, à cause d'un service que son chef avait rendu aux espions de Joseph, elle se retira au pays des Héthiens, et y bâtit une ville qui fut nommée Luz en souvenir de l'ancienne, mais on ne sait où il faut la chercher; Rosenmuller pense à Luza, qu'Eusèbe place à 3 milles de Sichem; l'opinion de Studer qui la cherche sur les côtes de la Phénicie, quoique non prouvée, serait plus probable.


LYCAONIE,
province de l'Asie Mineure, dans laquelle se trouvaient, d'après Actes 14:6,11, les villes de Lystre et de Derbe, qui, cependant, appartenaient alors d'une manière plus exacte à la Galatie; car cette dernière province en avait absorbé quelques autres plus petites, et le nom de Lycaonie n'avait conservé aucune valeur politique ou diplomatique; il s'employait dans les relations ordinaires et dans la conversation, comme renfermant une idée géographique connue et déterminée, de même qu'on dit en France le Languedoc, la Provence ou le Limousin, et surtout comme on emploierait les noms des départements si l'ancienne division géographique venait à être rétablie. La Lycaonie appartenait au plateau dit Taurus qui la séparait, au midi, de la Cilicie; c'était une longue plaine accidentée, située entre deux chaînes de montagnes, et dont le sol, fortement imprégné de matières salines, n'offrait que fort peu de sources potables, au point que, dans quelques endroits, l'eau était devenue une marchandise; mais les pâturages y étaient d'autant meilleurs, et le commerce du menu bétail y avait acquis une grande importance. On trouvait beaucoup d'ânes sauvages errants dans les districts montagneux. La langue lycaonienne, Actes 14:11, était, d'après Jablonsky, une espèce d'assyrien; d'autres croient que c'était un grec corrompu; le problème n'est pas résolu, et ne se résoudra pas.

— Selon Pline, un petit district à l'orient du pays, du côté de la Cappadoce, aurait cependant conservé le nom politique de Lycaonie; il y place Thebasa sur le Taurus, et Hyde sur les frontières de la Galatie et de la Cappadoce; Ptolémée y ajoute encore Iconium.


LYCIE,
Actes 27:5, province de l'Asie Mineure, sur la côte sud-ouest, et vis-à-vis de Rhodes; elle appartenait encore à la région du mont Taurus, qui formait sa frontière nord-ouest, et la séparait, en allant vers le sud, de la Pisidie et de la Pamphylie; un bras de cette chaîne s'avançait dans l'intérieur du pays, sous le nom de Kragus, parallèlement au Taurus; entre les deux, coulait le Xanthe, célébré par les poètes de l'antiquité. La Lycie était donc une contrée montagneuse, malgré quelques plaines et quelques ports; à l'ouest, elle avait la Carie; Telmesse était la dernière ville dans cette direction; au nord et au nord-est, la Phrygie et la Pisidie; à l'est, la Pamphylie; au sud, la Méditerranée, appelée aussi mer Lycienne près des côtes, qui sont escarpées et rudes, mais munies de ports commodes. Son sol et son climat sont à peu près les mêmes qu'en Cilicie: la terre n'était pas sans fertilité; cependant, c'est du voisinage de la mer, plus que de la culture du sol, que les Lyciens, toujours réputés bons marins, au dire d'Hérodote, tiraient les plus grands avantages. Parmi les villes assez nombreuses de cette contrée, le Nouveau Testament nomme Patara, la capitale, Phaselis et Myra, q.v.

— Longtemps cette peuplade républicaine sut, par sa conduite sage et les alliances que ses villes avaient formées entre elles, défendre sa liberté contre les tentatives des Romains; mais l'empereur Claude réussit enfin à la soumettre à son sceptre, et la fit administrer par un président ou légat, conjointement avec la Pamphylie.


LYDDE,
Voir: Lod.


LYDIE.
  1. Province de l'Asie Mineure qu'Antiochus-le-Grand, vaincu par les Romains, dut abandonner à leur allié, Eumènes, roi de Pergame. Elle avait été le centre d'un grand empire, dont le dernier roi, Crésus, vaincu par Cyrus, 548 avant J.-C., est, bien connu. À la mort d'Attalus III Philométor (133 avant J.-C.), la Lydie, avec toute la contrée circonvoisine soumise à la couronne de Pergame, passa sous la domination immédiate des Romains, et fut dès lors considérée comme une partie de la province d'Asie. Son territoire s'étendait, à l'exception des villes de la côte ionienne, depuis le promontoire de Mycale jusqu'à l'embouchure de l'Hermus; sa frontière septentrionale naturelle était un bras de la chaîne du Taurus, tandis qu'à l'orient et au midi, un autre embranchement de la même chaîne, longeant la rive droite du Méandre, séparait la Lydie de la Phrygie et de la Carie. Une autre montagne, le Tmolus, traversait la contrée, qui avait cependant aussi quelques plaines considérables, et jouissait d'un climat agréable et d'une grande fertilité. Parmi les villes lydiennes, le Nouveau Testament nomme Sardes, Thyatire et Philadelphie. Les Lydiens apparaissent déjà dans l'Ancien Testament sous le nom de Lud; très réputés pour leur habileté industrielle, pour leurs magnifiques travaux de pourpre et pour l'étendue de leur commerce, ils s'amollirent et s'efféminèrent sous la domination des Perses (Hérodote).

  2. Nom propre d'une marchande de pourpre de Thyatire, établie à Philippes, en Macédoine. Païenne de naissance, mais prosélyte juive, elle suivait assidûment le culte du vrai Dieu: c'était hors de la ville, dans un lieu sans doute modeste, et près du fleuve Strymon; car les Juifs de la dispersion, souvent persécutés ou difficilement tolérés, n'avaient pas partout, dans les villes, des synagogues Ou des lieux de culte réguliers; ils se réunissaient comme ils pouvaient, en plein air, peut-être dans des lieux consacrés à d'autres objets, et recherchaient volontiers le voisinage des rivières plus favorable aux ablutions. C'est dans une de ces réunions que Lydie entendit saint Paul; le Seigneur lui ouvrit le cœur: elle fut convertie et baptisée avec toute sa famille. Unie ainsi aux apôtres par le lien de la foi, elle insiste auprès d'eux (Paul, Luc et Silas), pour qu'abandonnant le logis mercenaire qu'ils occupent dans Philippes, ils viennent demeurer chez elle, et y goûter les douceurs de l'hospitalité chrétienne. Sa maison paraît être devenue le centre du petit troupeau qui se forma dans cette ville, et conserva pour saint Paul un vif sentiment d'affection, qui se perpétua chez tous ceux qui se joignirent plus tard à cette première famille chrétienne. (— Voir: Rilliet, Commentaire aux Philippiens, p. 17-20).


LYRE,
Voir: Musique et Harpe.


LYS.
C'est de cette fleur magnifique et pure qu'il est sans doute parlé 1 Rois 7:19,22,26; 2 Chroniques 4:5; Cantique 2:2,16; 4:5; 5:13; 6:2-3; 7:2. (mal traduit muguet dans nos versions). Osée 14:5; Matthieu 6:28; Luc 12:27; elle a fourni au Cantique de Salomon de belles images, et aux ornements du temple de beaux modèles. Le lys (Cl. VI. Monogynie de Linnée) a un périgone de six feuilles qui, soudées par le bas en forme de cloche, se séparent, en s'évasant vers les bords, comme une couronne. Il croît, sans culture, dans les campagnes de la Judée, où il a fourni à notre Sauveur une de ses plus touchantes comparaisons sur la sollicitude universelle de la Providence divine. On en trouve de blancs, de rouges, de jaunes et d'orangés. Il y a des lys de jardins et des lys de montagnes, des lys de neige et des lys de feu.

— Selon quelques auteurs cependant (Souciet), c'est de la couronne impériale (fritellaria) qu'il serait parlé dans l'Écriture, autrement nommée encore lys royal, lys persique, le tusaï ou tusac des Perses, dont la fleur ne diffère guère de celle du lys que par sa couleur rouge-brun, et parce qu'elle s'incline, et se renverse presque comme une couronne, à l'extrémité de la tige qui est surmontée par un toupet de feuilles; la tige est environ de la grosseur du doigt, ronde, d'un pourpre foncé, et haute d'un mètre. La fleur est souvent double, et le nombre, comme l'ordre de ses feuilles, est assez variable dans ce cas. Chaque feuille de cette fleur a, dans le fond, une glande qui sécrète une humeur aqueuse, laquelle se forme ordinairement, vers le milieu du jour, en une perle très blanche, et distille peu à peu des gouttes d'eau très pures et très claires; c'est à cause de cette particularité, comparée avec Cantique 5:13 (elles distillent la myrrhe franche), que quelques auteurs, notamment Rosenmuller, ont cru devoir traduire l'hébreu shushan par couronne impériale. Cette traduction convient dans tous les passages cités, mais le lys va également bien; peut-être le même mot peut-il s'appliquer aux deux fleurs, à cause de leurs divers rapports extérieurs; mais l'accord des anciens favorise davantage la traduction lys: on sait, d'ailleurs, combien cette fleur était recherchée, ainsi que la rose (— Voir: Virgile Egl. 10:25), et l'excellent parfum que les anciens savaient en préparer (Pline 15, 7). Le nom hébreu de cette plante signifie six, et vient peut-être du nombre de ses feuilles, peut-être aussi de la Susiane, province persane, d'où les lys paraissent avoir été importés en Palestine; ce peuvent aussi n'être là que des rapports accidentels d'assonance. Quelques psaumes, 45:1, etc., portent pour épigraphe: «pour le chanter sur sosannim;» Jérôme et Aquila traduisent ce mot par lys; il vaut mieux, peut-être, entendre par là un instrument à six cordes,

Voir: cet article.


LYSANIAS,
gouverneur ou tétrarque de l'Abilène lorsque Jean-Baptiste commença sa mission, n'est nommé que Luc 3:1, et nulle part dans l'histoire profane; on pense qu'il était fils ou petit-fils d'un autre Lysanias qui fut mis à mort par Marc Antoine (34 avant J.-C.), et donna une partie de son royaume à Cléopâtre. Paulus et d'autres rationalistes ont voulu conclure du silence de l'histoire et de Flavius Josèphe en particulier, que le nom de Lysanias dans le passage de saint Luc, était une erreur, une faute de copiste, et qu'il fallait lire: «Philippe, tétrarque de l'Iturée, de la Trachonite et de l'Abilène de Lysanias, c'est-à-dire de l'ancienne Abilène;» mais ce n'est qu'une supposition, et l'accord des manuscrits la repousse; il n'y avait aucune raison pour que Flavius Josèphe parlât de ce Lysanias, et le témoignage de saint Luc peut et doit suffire, quand on se rappelle son exactitude ordinaire et la facilité avec laquelle, originaire d'Antioche et voisin d'Abilène, il aura pu connaître en détail l'histoire de cette petite tétrarchie.


LYSIAS
(Claude), Actes 23:26. Chiliarque romain, tribun commandant de la garnison qui se trouvait à Jérusalem dans la forteresse Antonia, et à la tête de laquelle il était placé en l'absence du gouverneur Félix, lorsque au cinquième voyage de Paul dans cette ville, il fut appelé à intervenir entre lui et le peuple. Il s'empara de l'apôtre et le fit charger de chaînes, puis l'interrogea sur les motifs de son arrestation; il croyait tenir un prisonnier célèbre, un Égyptien qui, quelques jours auparavant, avait excité une sédition et emmené au désert 4,000 hommes. La défense de l'accusé n'ayant pas répondu à l'attente du tribun, celui-ci allait lui faire donner la question quand il apprit que Paul était Romain; le lendemain il le fit comparaître devant le sanhédrin; mais ces magistrats comme le peuple ne trouvèrent que des cris, des vociférations, des menaces et des violences à opposer à la vérité. Lysias dut derechef faire protéger Paul militairement. Une seconde comparution devait avoir lieu, mais ce n'était qu'un prétexte pour fournir à une quarantaine d'assassins l'occasion d'enlever et de tuer Paul; Lysias fut averti de ce complot par le neveu de l'apôtre et prit ses mesures en conséquence: 470 hommes, archers et cavaliers, furent commandés pour conduire l'apôtre en sûreté à Césarée Stratonis au bord de la mer, et le remettre entre les mains de Félix à qui Lysias écrivit une lettre favorable à l'accusé.

— Toute la conduite de Lysias est digne d'un brave soldat; ignorant de bien des choses, il ne comprend rien aux questions théologiques juives, il prend Paul pour un révolutionnaire égyptien, il s'étonne d'apprendre qu'il sait le grec, il ne s'informe pas même si son prisonnier est Romain, et veut procéder avec lui de la manière ordinaire dont on traitait les étrangers; mais tout est chez lui ferme, juste et loyal; il s'assure du prévenu autant pour le protéger que pour s'en emparer, et toujours il le traite avec convenance, le soustrait à la fureur du peuple, à celle du conseil, à celle des conjurés; il traite amicalement le neveu du prisonnier, l'écoute, prend d'énergiques mesures pour que la justice puisse avoir son libre cours, et recommande, dans son préavis à Félix, le prévenu qu'il regarde comme innocent. Quelle différence entre cette conduite et celle d'un Hérode, d'un Pilate, ou d'un membre du sanhédrin! c'est parmi les païens que l'apôtre de la vérité, persécuté par les siens, a trouvé les protecteurs les plus fermes et les plus honorables, Lysias et Jules le centenier; toutefois il ne paraît pas que ces hommes si honorables selon le monde, aient recherché ou goûté la vérité, car hélas! dans ce monde, l'honneur et les vertus naturelles ne tiennent que trop souvent lieu de religion.


LYSTRE.
Ville de Lycaonie, lieu de naissance de Timothée, non loin de Derbe et d'Iconium, Actes 14:6,21; 16:1; 2 Timothée 3:11. C'est là que Paul et Barnabas, ayant guéri un homme impotent de ses pieds dès sa naissance, furent adorés à l'égal des dieux par la foule, qui voyait en eux Mercure et Jupiter, puis bientôt après lapidés sur la suggestion de quelques Juifs Pline joint cette ville à la Galatie; on trouve maintenant à sa place un petit bourg nommé Latik.


FIN DU PREMIER VOLUME.

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